Le Canard Colvert

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Articles associés

 

 

Sommaire

 

Critères de détermination du sexe et de l’âge
Caractères biologiques

Caractères écologiques

Répartition géographique

Statut juridique

Etat des populations et menaces potentielles

Proposition de gestion

Axes de recherche à développer

Bibliographie

 

 

Canard Colvert (Anas platyrhynchos)
Classification (Classe, Ordre, Famille) : Aves, Ansériformes, Anatidés
 

 

 

Critères de détermination du sexe et de l’âge :
 

Le canard colvert est le plus gros des canards de l’Ouest Paléarctique, montrant un dimorphisme sexuel de plumage marqué en hiver et au printemps.
A partir de la fin du printemps, les mâles ont un plumage d’éclipse très semblable à celui de la femelle, rendant la distinction des sexes plus difficile. Le plumage nuptial des mâles, apparaissant entre juillet et octobre, rend impossible la confusion des sexes.

La détermination de l’âge des individus est difficile sur le terrain, mais se fait aisément sur un oiseau en main. Les jeunes mâles acquièrent un plumage nuptial dès le premier hiver.

 

Confusions possibles :
 
Les mâles en plumage nuptial ne peuvent être confondus avec des oiseaux sauvages de la zone considérée, de par leur taille et la coloration de leur plumage.
Les femelles de canard colvert peuvent être confondues en France avec les femelles de Canard chipeau (Anas strepera), également présentes mais plus petite et plus grise.
 

 

Caractères biologiques :

 

Régime alimentaire :
Le canard colvert est essentiellement granivore en hiver, consommant principalement des graines de Potamogeton spp, Scirpus spp, Hordeum spp, Eleocharis spp, Carex spp et dans certaines zones des graines de plantes cultivées telles que de blé ou de riz. Pendant l’été, la part de proies animales (invertébrés, têtards, même petits poissons) augmente de manière importante dans le régime, les invertébrés étant particulièrement très consommés par les canetons.
En toutes saisons, les ressources sont récoltées sous l’eau, l’espèce montrant une préférence marquée pour les zones d’alimentation peu profondes (quelques centimètres) qui lui permettent de garder les yeux hors de l’eau et donc de maintenir une activité de vigilance anti-prédateurs. Le colvert ne plonge pas pour s’alimenter, et est donc limité à des profondeurs inférieures à 45 cm (la profondeur maximum qu’il peut atteindre lorsqu’il s’alimente en bascule). Le sédiment est collecté puis filtré à travers les lamelles du bec jouant le rôle de tamis et retenant les particules alimentaires.
Un canard colvert consomme de l’ordre de 100 grammes (poids sec) de ressources par jour.
 
Rythme d’activité :
Pendant la période d’hivernage, le colvert utilise des marais d’eau douce ou saumâtre, des lacs et des étangs pour satisfaire ses besoins alimentaires la nuit (zones de « gagnage nocturne »).

Pendant la journée, les individus se regroupent sur des plans d’eau vastes et dégagés (grands étangs et marais, fleuves, estuaires) où les comportements de repos, de toilette et les interactions sociales sont dominants (« remises diurnes »). Dans les zones les plus froides les colverts s’alimentent également le jour pour compenser leurs besoins énergétiques importants. Ce phénomène est cependant moins marqué que chez des espèces de plus petite taille, comme la sarcelle d’hiver (Anas crecca), qui ont encore plus de mal à acquérir suffisamment d’énergie par 24 heures.

 

Reproduction et survie :
Les parades nuptiales des oiseaux adultes dé butent sur les zones d’hivernage dès le mois de septembre e culminent en octobre. Ces parades automnales donnent lieu déjà à des copulations (qui ont généralement lieu dans l’eau). Au milieu de l’hiver, l’activité nuptiale diminue notablement mais reprend en intensité à partir de janvier et bat son plein les mois suivants. Les jeunes oiseaux s’apparient parfois dès leur premier automne. Les couples restent formés au moins jusqu’au moment de la ponte. Des cas de fidélité entre partenaires sur plusieurs années ont été mis en évidence.

 

Le canard colvert n’est pas considéré comme une espèce coloniale, mais dans des endroits favorables les nids peuvent n’être que quelques mètres. Les premières pontes sont observé dès février en Europe du Sud, pas avant mai dans les zones les plus septentrionales, et s’échelonnent mois de juillet.

En France, la période de ponte du colvert peut commencer dès le début de février et ne s’achever qu’à la fin du mois de juillet, soit une période de ponte potentielle de six mois, la plus étalée dans le temps et la plus précoce de tous les canards. Toutefois, la majorité des pontes (98%) est déposée entre début mars et mi-juin, avec un maximum en avril-mai. Les dates de ponte sont susceptibles de varier fortement en fonction de la latitude et du climat : dans les pays d’Europe du Nord la période de ponte tend à être plus tardive et plus courte. A une moindre échelle, le même phénomène peut être observé en France où la date moyenne des pontes dans le nord-est a environ trois semaines de retard sur celle de l’ouest. Au sein d’une même région, la précocité de la période de ponte peut aussi varier notablement d’une année à l’autre en fonction des conditions météorologiques de la fin de l’hiver et du début du printemps. 

Ainsi les pontes sont plus précoces les années où les températures de février-mars sont douces. Les conditions météorologiques influent aussi probablement sur l’importance des pontes de remplacement. Chez le colvert, ces pontes peuvent représenter une part importante de la production annuelle, contrairement aux autres canards dont la période de ponte est plus courte et plus tardive, donc moins dépendante des aléas climatiques de fin d’hiver et du début de printemps. Le nid est construit par la femelle, qui est aussi la seule à couver et à s’occuper des jeunes. Le rôle du mâle se limite à la défense du territoire (il quitte graduellement la femelle pendant la ponte, au plus tard à la fin de l’éclosion, pour muer, parfois en très grandes bandes d’individus mâles).

Le canard colvert utilise volontiers les nichoirs artificiels. Les colverts ne font en général qu’une seule nichée (des pontes de remplacement existent en cas d’échec), composée de 8 à 12 oeufs (extrêmes : 4 à 18, les pontes de remplacement sont en général plus petites : 5 à 9 oeufs).

L’éclosion a lieu après 28 jours. Comme la couvaison débute à la ponte du dernier œuf, l’éclosion est à peu près simultanée, en général en moins de 24 heures. En France, les éclosions se produisent au plus tôt début mars et au plus tard fin août, mais c’est en fait entre début avril et fin juillet qu’a lieu une grosse majorité des éclosions, avec un maximum en mai-juin. Les poussins, nidifuges, s’alimentent seuls mais sont généralement protégés par la femelle jusqu’à l’envol, survenant à environ 2 mois (soit entre début juin et fin septembre en France). La maturité sexuelle est atteinte dès la première année.
 

En Europe, la proportion des œufs pondus parvenant jusqu’à l’éclosion a été évaluée à 68.4% en Islande et à 82.4% en Grande-Bretagne, les causes d’échec (principales) étant la prédation, l’abandon du nid par la femelle et l’inondation. Le nombre de jeunes volants produits par femelle serait de 3.5 et 4.7 en Islande et en Grande-Bretagne, respectivement. En Ecosse, le succès des nids jusqu’à l’éclosion a été estimé à 52%. En Amérique du Nord, le taux d’échec des nids de colvert varie de 23% à 92% selon les milieux, des taux de mortalité des poussins variant de 26% à 52% dans les deux premières semaines de vie, et de 37% à 72% de la naissance à l’envol.

 

Les taux de survie annuels en Europe ont été estimés de 24% à 36% pour les colverts dans leur première année de vie, 36% à 48% ensuite. En Amérique du Nord, le taux de survie annuel des jeunes a été estimé à 50%, celui des adultes à 56% chez les femelles et 63% chez les mâles. En Camargue, la probabilité de survie des colverts diminue de 19% si les oiseaux sont porteurs de plomb dans le gésier (« saturnisés ») ou dans les muscles. L’espérance de vie d’un canard colvert a été calculée à 1.6 ans, le record de longévité étant de 29 ans et un mois.

 

 

Caractères écologiques

 

Le canard colvert est très éclectique dans le choix de son habitat. II fréquente une grande variété de milieux pourvu qu’il y trouve nourriture et sécurité.
En période de reproduction, les marais d’eau douce ou saumâtre, les lacs et les étangs sont préférentiellement utilisés, mais le canard colvert utilise aussi les bords de ruisseaux, de rivières et de mares, y compris en milieu urbain s’il n’y est pas dérangé. Le canard colvert peut aussi nicher dans les zones de montagne, jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude.

 

 

Répartition géographique 

 

La sous-espèce Anas platyrhynchos platyrhynchos, observée en France, est présente dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique du Nord. Elle est absente de l’hémisphère Sud, sauf en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux Îles Kerguelen et à Hawaï, où elle a été introduite.

La sous-espèce Anas platyrhynchos conboschas est limitée au sud du Groenland.

Six sous-espèces (A. p. diazi, A. p. fulvigula, A. p. maculosa, A. p. wyvilliana, A. p. laysanensis, A. p. oustaliti), parfois considérées comme des espèces à part entière, ont des distributions très limitées, aux Etats-Unis et dans les Îles du Pacifique.

 

Le canard colvert est l’espèce de canard de surface ayant la plus large distribution dans l’Ouest de l’Eurasie, nichant de l’Arctique à l’Afrique du Nord, et même jusqu’à 20° de latitude Nord au Moyen Orient. Partiellement migratrice, l’espèce hiverne dans tous les milieux sauf la pleine mer, de 60 à 20° de latitude Nord.
La migration vers les quartiers d’hiver commence dès le mois d’août et dure jusqu’en novembre ou décembre, ces derniers mois correspondant au pic d’abondance selon les zones d’hivernage.

Le mouvement de retour vers les zones de reproduction commence dès janvier et bat son plein en février. II se poursuit jusqu’à début mai pour les nicheurs les plus septentrionaux. La migration du canard colvert semble essentiellement nocturne.

 

Distribution de l’espèce en France

 

En France, le canard colvert niche et hiverne dans l’ensemble du pays, certains individus n’apparaissant pas du tout migrateurs.
Pendant la reproduction, les densités sont très variables au nord d’une ligne Arcachon-Lyon. Plus au sud, l’espèce niche aussi en Aquitaine, sur les zones humides du littoral méditerranéen, en Corse et dans quelques sites du Massif central et du sud-est des Alpes.
 

Pendant l’hivernage, les plus grandes concentrations d’individus sont traditionnellement observées en Camargue (13), en Alsace et sur le cours du Rhin (67/68), en Dombes et dans la vallées de l’Ain (01), en Brenne (36), dans la Baie de l’Aiguillon et la Pointe d’Arcay (85), dans la Baie de Bourgneuf et à Noirmoutier (85), dans la Baie du Mont Saint Michel (35), sur le Lac du Der-Chantecoq (51/52) et dans l’estuaire de la Loire (44). Outre ces grandes zones traditionnelles, le canard colvert est présent pendant l’hivernage (septembre-mars) en petits groupes dans presque toutes les zones humides (plusieurs centaines à milliers de sites en France).
Il est à noter que certains colverts présents en France n’entament pas de migrations très longues, et peuvent même parfois être sédentaires. Sur certaines remises de la façade Atlantique, le pic d’effectif peut ainsi avoir lieu à la fin de l’été (par opposition au milieu de l’hiver pour la plupart des autres espèces), les effectifs diminuant ensuite régulièrement jusqu’à la fin de l’hiver.
Comme les autres canards de surface, le canard colvert se déplace vers le sud de son aire d’hivernage en cas de vague de froid.
 

Distribution du canard colvert en France

(Jaune = reproduction, vert = reproduction et hivernage)

(d’après Deceuninck 1997 et Schricke & Triplet 1994)

 

 

Statut juridique

 

Le canard colvert est une espèce chassable, listée dans :

  • l’Annexe II de la Directive Oiseaux,
  • l’Annexe III de la Convention de Berne
  • l’Annexe II de la Convention de Bonn.

 

Mesures réglementaires en France

En France, conformément à l’article L. 424-4 du code de l’environnement, la chasse du canard colvert est autorisée de jour dans tous les départements. Le jour s’entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher.

Le canard colvert peut être également chassé à la passée, à partir de deux heures avant le lever du soleil et jusqu’à deux heures après son coucher, dans les lieux mentionnés à l’article L.424-6.

Enfin, selon l’article L. 424-5 du code de l’environnement, en période de chasse, la chasse du canard colvert est autorisée la nuit à partir de postes fixes tels que hutteaux, huttes, tonnes et gabions existants au 1er janvier 2000 dans les départements où cette pratique est traditionnelle. Ces départements sont : l’Aisne, les Ardennes, l’Aube, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Calvados, la Charente-Maritime, les Côtes-d’Armor, l’Eure, le Finistère, la Haute-Garonne, la Gironde, l’Hérault, l’Ille-et-Vilaine, les Landes, la Manche, la Marne, la Meuse, le Nord, l’Oise, l’Orne, le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, la Seine-Maritime, la Seine-et-Marne et la Somme.
 

 

 Etat des populations et menaces potentielles

 

Cinq sous-populations de canards colvert semblent exister dans l’Ouest Paléarctique, bien qu’il n’existe pas de preuves formelles de leur isolement respectif : Groenland, Nord-Ouest Europe, Nord Europe/Ouest Méditerranée, Nord-Est et Nord Europe/Mer Noire/Est Méditerranée et enfin Ouest Sibérie/Sud-Ouest Asie, les individus présents en France étant originaires des sous-populations 2 et 3.
 

La population Nord-Ouest Européenne :

les colverts hivernant en France sur la façade atlantique et dans le nord du pays proviennent de cette population, estimée à 5 000 000 individus, dont les effectifs semblent en augmentation.
 

La population Nord Europe/Ouest Méditerranée :

les colverts hivernant sur la côte Atlantique, la côte Méditerranéenne et dans le centre du pays proviennent de cette population, estimée à 1 000 000 d’individus, dont les effectifs semblent en augmentation.
 

La population nicheuse de canards colvert en France est estimée entre 30 000 et 60 000 couples, en augmentation tant en termes d’effectifs que d’aire de répartition.
Le nombre de canards colvert hivernant en France oscille entre 160 000 et 200 000 depuis une dizaine d’années, sans montrer de tendance particulière à l’échelle du pays mais en diminution graduelle depuis 1983 sur la façade Atlantique.
 

Statut de conservation :
IUCN : « Species not known to have an unfavourable conservation status »
L’ augmentation globale des effectifs de canards colvert à l’échelle de l’Europe semble peu liée à la politique de gestion de l’espèce elle-même, qui a peu ou pas varié selon les pays, mais serait plutôt imputable à la prise en compte de l’importance de leurs habitats et aux mesures de conservation dont certaines zones humides ont bénéficié au cours des deux dernières décennies.
La part jouée par les oiseaux de lâcher dans ces tendances reste à déterminer.
 

Menaces :
La perte d’habitats : malgré la mise en place d’aires protégées, les zones humides ont fortement régressé en Europe depuis cinquante ans. Ceci a pu dans certains cas affecter de manière importante les effectifs de canards colvert à l’échelle locale : si la population globale n’a pas diminué, de profondes redistributions d’effectifs ont eu lieu, avec l’abandon massif de quartiers d’hivernage autrefois importants. Par exemple, la Baie de l’Aiguillon (Charente-Maritime et Vendée), autrefois le deuxième quartier d’hivernage pour les Anatidés en France, a vu ses effectifs de canards de surface, y compris canard colvert, chuter de manière très importante suite au drainage de 50 % des prairies humides du Marais Poitevin, qui sont des zones de gagnage des canards autour de la baie.
 

La chasse :

Le canard colvert est une espèce chassée dans la plupart des pays d’Europe. En France, le nombre de colverts prélevés pendant la saison de chasse 1998/99 a été estimé à plus de 1 500 000 individus, faisant de lui le canard le plus prélevé. Localement, la chasse et le dérangement qu’elle occasionne ont été invoqués pour expliquer les variations d’effectifs de canards de surface (par exemple en Baie de l’Aiguillon).

L’effet direct du prélèvement pour la dynamique de population de canard colvert reste mal connu. En particulier, il reste à déterminer dans quelle mesure le prélèvement par la chasse a un effet compensatoire ou additif sur la mortalité naturelle (c’est à dire si les oiseaux tués à la chasse seraient de toutes façons morts de cause naturelle ou pas).
 

Les lâchers d’individus :

Le canard colvert est la seule espèce de canard de surface pour lesquels un grand nombre d’individus élevés en captivité ou semi-captivité est relâché à des fins cynégétiques.

Les effectifs lâchés chaque année ne sont pas connus avec précision, mais le nombre de colverts produits dans ce but en France serait de l’ordre de 1 400 000.

La part d’oiseaux sauvages dans le tableau de chasse du canard colvert n’est pas connue. Parce qu’ils sont susceptibles d’entraîner une pollution génétique des individus sauvages, ces oiseaux de lâcher pourraient représenter une menace pour les colverts sauvages.

 

 

 

Proposition de gestion :

 

Propositions relatives au biotope et au dérangement :
La tranquillité et la sécurité sont les exigences principales des canards colvert dans le choix de leurs remises diurnes. Les grands plans d’eau à visibilité dégagée constituent donc le meilleur mode de gestion dans ce domaine. Toutefois, puisque les colverts ont besoin de complémenter leur alimentation nocturne par une prise de nourriture diurne dans les zones les plus froides, il convient parfois de gérer une partie de la remise comme une zone de gagnage (niveaux d’eau bas et ressources alimentaires importantes).
Les mesures de gestion favorisant la production de graines dans les zones humides bénéficient évidemment au canard colvert pendant l’hivernage. Il est à noter que les propriétaires de huttes de chasse de nuit sont tenus d’entretenir et de gérer les plans d’eaux et marais (gagnages) où cette chasse est pratiquée selon les modalités prévues par le schéma départemental de mise en valeur cynégétique (JO du 21 Septembre 2000).

 

Propositions relatives à la chasse :
Concernant l’espèce proprement dite et sa chasse, l’interdiction des munitions au plomb pour la chasse dans les zones humides à partir de l’ouverture 2005 (JO du 4 Avril 2002) devrait permettre de régler le problème du saturnisme. Il est à noter que le temps de rémanence des plombs dans le sédiment des plans d’eau est très long, et de nombreuses années seront nécessaires avant de voir le saturnisme des Anatidés disparaître complètement.

 

Exemples de réalisations :
Le canard colvert a régulièrement besoin d’un accès à l’eau douce, et de zones non perturbées en particulier pendant la journée sur les remises diurnes. La création depuis une vingtaine d’années d’aires protégées continentales ou dans des marais littoraux doux à saumâtres a entraîné une redistribution des oiseaux depuis les zones intertidales vers ces réserves. Il est à noter néanmoins que certaines réserves de chasse maritimes de la côte Atlantique ou de la Manche hébergent toujours des effectifs significatifs de colverts.

 

 

Axes de recherche à développer :

 

Les connaissances sur le taux de survie des individus et les facteurs limitant les populations, y compris pendant l’hivernage et les deux épisodes de migration annuels, sont très fragmentaires. Des programmes de recherche internationaux, incluant par exemple le marquage des individus, semblent une piste de recherche à développer. Les colverts d’élevage tendent à présenter des mensurations, une morphologie et des anomalies de plumage qui les éloignent du phénotype naturel. Même si une très forte proportion de ces oiseaux ne survit pas à la saison de chasse, ceux qui y parviennent ont la possibilité de s’accoupler avec des colverts sauvages, et peuvent faire courir à l’espèce un risque de dégénérescence. D’autre part, l’apport de ces oiseaux d’élevage est susceptible d’augmenter localement la densité de colverts en période de reproduction, parfois au-delà des capacités d’accueil du milieu. La plupart du temps très sédentaires, ces oiseaux en surnombre participent peu à la reproduction. Leur présence peut donc être préjudiciable aux colverts sauvages et aux autres anatidés. Il semble important d’étudier la part que représentent les oiseaux de lâcher dans les prélèvements par la chasse et dans la population nicheuse française, pour mieux comprendre la dynamique de population des colverts sauvages. Ceci pourrait passer par un simple baguage systématique des animaux lâchés.

 

Enfin, l’existence de différentes sous-populations de colverts est théorique, la manière dont ces sous-populations sont inter-connectées restant inconnue. Un programme de baguage et/ou de marquage international permettrait de mieux comprendre ce système et le mode de renouvellement des populations hivernantes. De manière complémentaire, la collecte d’échantillons dans le but d’analyses génétiques permettrait de mieux appréhender la structure des populations.

 

 Bibliographie :

 

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Cramp, S. & Simmons, K.E.L. 1977. The birds of the western Palearctic, Vol. 1. Oxford University Press, Oxford.

 

Deceuninck, B. 1997. Synthèse des dénombrements de canards et foulques hivernant en France 1967 – 1995. Rapport à la DNP – Ministère de l’Environnement. Ligue pour la Protection des Oiseaux - Birdlife International.

 

Deceuninck, B., Maillet, N., Kerautret, L., Riols, C. & Maheo, R. 2000. Dénombrements d’Anatidés et de foulques hivernant en France à la mi-Janvier 1999. Rapport à la DNP – Ministère de l’Environnement. Ligue pour la Protection des Oiseaux - Birdlife International – ONC.

 

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