Le Mouflon de Corse

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Sommaire

 

Critères de détermination du sexe et ou de l’âge

Caractères biologiques

Caractères écologiques

Distribution de l’espèce en Corse

Statut juridique

Etat des populations et menaces potentielles

Propositions de gestion

Axes de recherche à développer

Bibliographie

 

 

 

 

Le Mouflon de Corse (Ovis gmelini musimon var. corsicana (Beyth, 1841)) Classification (Classe, Ordre, Famille) : Mammifères, Artiodactyles, Bovidés (Caprinés)
  Mouflon de Corse (Asco) E. Sailler ONCFS

 

 

La taxonomie du Mouflon de Corse a fait l’objet de récentes révisions (GEIST, 1991). La sous-espèce dénommée traditionnellement "Mouflon de Corse" (Ovis ammon musimon) prend la dénomination "Ovis gmelini musimon" avec trois variétés : Mouflon de Corse (var. corsicana), Mouflon de Sardaigne (var. musimon) et Mouflon de Chypre (var. ophion). Les Mouflons introduits en Europe et plus ou moins hybridés avec des moutons domestiques ou d’autres Mouflons sont regroupés et nettement distingués sous l’appellation de "Mouflon méditerranéen" (O. g. musimon x Ovis sp.).

 

Les annexes II et IV de la directive habitats font explicitement référence aux "populations naturelles - Corse et Sardaigne" d’Ovis ammon musimon. Cette fiche est ainsi consacrée exclusivement aux populations naturelles de Corse. La terminologie utilisée sera la suivante : Mouflon de Corse pour la variété corsicana, et Mouflon méditerranéen ou Mouflon, pour la variété hybride.

 

Critères de détermination du sexe et ou de l’âge

Le Mouflon de Corse est un des plus petits mouflons d’Eurasie. Comme tous ses congénères, il présente un dimorphisme sexuel et saisonnier très prononcé. Mâle adulte : poids, environ 35-50 kg ; longueur, environ 130-140 cm ; hauteur au garrot, environ 75 cm. Femelle adulte : poids, environ 25-35 kg ; longueur, environ 120-130 cm ; hauteur au garrot, environ 65 cm.
Les deux cornes du mâle, présentes systématiquement, sont triangulaires à la base et généralement symétriques ; elles peuvent atteindre 85 cm de longueur ; leurs courbures sont très prononcées et différentes entre les populations du nord et du sud de l’île. Chez les femelles cornues (environ 10% seulement des femelles sur le Cinto, mais environ 75% sur Bavella), les cornes sont courtes et souvent dissymétriques.


Chez les mâles, plusieurs critères permettent de distinguer, tout au long de l’année, quatre classes d’âge : les sujets de 1ère année ou classe A, les sujets de 2ème et 3ème année ou classe 1, les sujets de 4e, 5e et 6e année ou classe 2 et les sujets plus âgés ou classe 3. Ce sont : * la taille : elle permet de reconnaître d’emblée les mâles de 1ère et 2e année ;
 

  • l’allure générale : les membres antérieurs paraissent longs et graciles chez les jeunes du fait de leur cage thoracique peu profonde. Avec l’âge, le cou s’épaissit, l’échine se creuse, le garrot devient proéminent ;
  • le profil de la tête : courte, en forme de coin chez l’agneau, elle s’allonge et s’élargit en vieillissant. Le chanfrein, d’abord droit, commence à se bomber chez les jeunes, devenant franchement busqué chez les adultes et les vieux. Le relief des orbites s’accentue. La nuque forcit ;
  • le pelage d’hiver : presque absentes chez l’agneau, les taches faciales blanches ont tendance à s’étendre avec l’âge vers la mâchoire inférieure, le chanfrein et les orbites. Les agneaux ne sont jamais pourvus de selle, les jeunes de 2e et 3e année rarement. Le jabot n’est développé et bien fourni que chez les adultes et les vieux mâles ;
  • les cornes : l’orientation de la pointe et sa position par rapport à des repères tels que la bordure postérieure du cou, la ganache et l’oeil sont les meilleurs critères d’estimation de l’âge du mâle en nature. Ils n’en demeurent pas moins approximatifs, l’âge n’étant pas leur unique déterminant : la courbure des étuis, l’importance des accroissements annuels et l’usure influent également sur la position de la pointe à un moment donné, pouvant conduire à surestimer ou sous-estimer l’âge d’un individu.

 

Chez les femelles, les cornes étant très souvent absentes ou peu développées, les seuls critères utilisables sur le terrain pour estimer l’âge des femelles sont : la taille, l’allure, la forme de la tête et le masque facial. Ces critères permettent de reconnaître :

  • les femelles de 1ère année (classe A) : membres paraissant longs et graciles, cage thoracique peu profonde, tête triangulaire, arête nasale prononcée, mâchoire inférieure effacée, masque facial absent ou limité à la pointe du museau ;
  • les femelles de 2e et 3e année (classe 1) : corps un peu plus massif, échine droite, tête encore triangulaire mais plus allongée, masque facial limité au pourtour des narines et à la mâchoire inférieure ;
  • les femelles de 4e, 5e et 6e année (classe 2) : corps massif, échine droite, tête longue et ellipsoïdale, museau large, orbites légèrement proéminentes, masque facial commençant à s’étendre sur le chanfrein et les orbites ("lunettes") ;
  • les femelles plus âgées (classe 3) : corps massif, échine et flancs creusés, tête longue devenant rectangulaire, mâchoire inférieure saillante, museau large, orbites nettement proéminentes, masque facial envahissant le chanfrein, les joues et le pourtour des orbites.

 

Confusions possibles
En Corse, en l’absence de bouquetins (Capra ibex), seuls les agneaux de Mouflon de Corse peuvent être confondus avec des chevreaux ou des agneaux domestiques, ou de rares chevreaux sauvages.

 

Caractères biologiques

 

La biologie du Mouflon en Corse est peu connue et mériterait d’être approfondie.

 

Régime alimentaire

Le Mouflon est un herbivore réputé pour son éclectisme alimentaire. Il consomme la majorité des organes végétaux de plusieurs centaines d’espèces de l’ensemble du règne végétal : herbes, feuilles, bourgeons et jeunes pousses d’arbres et d’arbustes, fruits (baies, glands, faînes, châtaignes), champignons, mousses et lichens ; cependant, ce sont les graminées qui forment la base de son alimentation.

 

Chez le Mouflon de Corse, on note cependant un net désintérêt pour des espèces très communes (ex : Pins - Pinus spp. -) et un intérêt marqué pour des espèces rares (ex : Frêne élevé - Fraxinus excelsior -). Ce régime varie fortement en proportion suivant la disponibilité ou l’accessibilité (neige, mauvais temps) et l’appétence des végétaux, donc selon les sites et les saisons. Les graminées et autres herbacées dominent quand elles sont disponibles (jusqu’à 75% du régime environ). Sinon il se reporte sur des espèces semi-ligneuses (jusqu’à 75% environ).

Parmi les principales espèces et organes consommés, on peut citer : de très nombreuses herbacées, Arbousier (Arbutus unedo, feuilles et arbouses), Cytise velu (Cytisus villosus), Ronce (Rubus fruticosus, feuilles et mûres), Bruyère arborescente (Erica arborea), mais aussi feuillus (Frêne, Chêne vert - Quercus ilex -, feuilles et glands), Fougère aigle (Pteridium aquilinum), aiguilles de Pins...

 

La médiocrité de ces ressources alimentaire à certaines saisons (été et hiver) pourrait-elle expliquer l’insuccès de la reproduction et influencer la survie ? Cela reste à vérifier. Manifestant peu d’attirance pour les conifères pourtant abondants (Pins mésogéen - Pinus pinaster ssp. pinaster - et laricio - Pinus nigra ssp. laricio -), le Mouflon corse n’occasionne aucun dégât d’abroutissement préjudiciable à l’économie forestière.

 

Ses besoins en eau sont satisfaits en grande partie par les tissus des végétaux consommés. Contrairement au Mouflon méditerranéen, il ne semble pas être friand de sel.

 

Rythme d’activité

 

Actif toute l’année, son domaine vital s’étend sur quelques centaines d’hectares et comprend plusieurs domaines saisonniers, recouvrants ou distincts et alors plus ou moins éloignés (parfois séparés de plusieurs kilomètres). En été, il recherche la fraîcheur (parties hautes de son habitat, pentes au nord ou pourvues d’abris rocheux, de ravins ombragés ou de végétation dense). En automne, il descend vers les parties médianes. En hiver, la neige ne lui convenant pas, il occupe les pentes d’exposition sud ou les fonds de vallées. Au printemps, il regagne les secteurs les plus élevés en suivant apparemment la repousse de la végétation.

 

Il consacre une grande partie de la période diurne à s’alimenter (ses possibles activités nocturnes, notamment en été, sont méconnues). Le reste de la journée est consacré au repos et à la rumination, aux déplacements, aux relations sociales... Pendant le rut, les mâles adultes s’alimentent de façon très irrégulière et se déplacent beaucoup, alors que les femelles modifient peu leur rythme d’activité.

 

C’est un animal sociable. Le groupe matriarcal (la femelle, son agneau et son jeune de l’année précédente) est la structure sociale la plus stable. Il vit en groupes dont la taille et la composition varient en fonction des saisons. C’est à l’époque du rut, qu’il est le plus grégaire. Il vit alors en groupes mixtes : groupes matriarcaux instables et mâles d’âges divers qui se déplacent de groupe en groupe ; ce grégarisme est renforcé par le manteau neigeux. Dès la fin du rut, les groupes matriarcaux vivent séparés des groupes de mâles. Puis, à l’époque des naissances, les femelles adultes s’isolent pour mettre bas, laissant leurs jeunes avec d’autres femelles. Ensuite, les groupes matriarcaux se reforment toujours séparés des mâles, qui ne les rejoindront qu’à l’approche du rut suivant.

 

Reproduction et survie

  • Maturité sexuelle : deuxième ou troisième année chez les femelles, inconnue chez les mâles. - Rut : une fois par an, il dure 2 mois environ avec un pic dès mi-novembre sur Bavella et dès la première quinzaine de décembre à Asco (Cinto) ; le mâle est polygame.
  • Durée de la gestation : environ 5 mois.
  • Naissances : un seul agneau par femelle ; les naissances, groupées sur un mois environ, ont lieu une fois par an ; les premières sont observées la deuxième quinzaine d’avril sur Bavella, et
  • début mai sur Asco (Cinto). Les succès de reproduction enregistrés en Corse sont de l’ordre de 50% des femelles adultes. Cette faiblesse est caractéristique de vieilles populations arrivées à l’équilibre avec les potentialités des milieux fréquentés ; cette particularité démographique pourrait freiner les tentatives de recolonisation naturelle.
  • Les mises bas ont lieu dans des sites abrités (arbres morts, broussailles, blocs de rochers...) ; l’agneau se déplace avec sa mère dès ses premières heures de vie.
  • Allaitement actif : inconnu (2 à 3 mois et plus chez le Mouflon).
  • L’espérance de vie et les taux de survie annuels des jeunes et des adultes sont méconnus.

 

Caractères écologiques

 

Bien que le Mouflon méditerranéen ait pu être acclimaté dans des sites très différents de son habitat d’origine, faisant ainsi preuve d’une certaine plasticité écologique, ses capacités de colonisation sont reconnues comme étant les plus faibles de tous les ongulés sauvages "continentaux" français (Cerf élaphe - Cervus elaphus -, Chevreuil - Capreolus capreolus -, Chamois - Rupicapra rupicapra -, Isard - Rupicapra pyrenaica -, Bouquetin) ; cette particularité pourrait expliquer en partie la stagnation des aires de répartition du Mouflon de Corse.

 

En Corse, il habite des milieux très différents à toutes altitudes (de 300 à 2500 m environ) et dans tous types de reliefs, mais toujours rocailleux et sur des sols bien drainés. Il y fréquente toute l’année aussi bien des paysages forestiers que de grandes étendues de landes oroméditerranéennes, subalpines ou alpines, ou de maquis plus ou moins arborés. Moins rupestre et moins bien adapté à la neige que le Chamois ou le Bouquetin, il ne semble rechercher les fortes pentes et le rocher que pour se déplacer d’une zone favorable à une autre et pour se protéger de l’Homme et de ses prédateurs.

 

Ses prédateurs sont peu nombreux (Aigle royal - Aquila chrysaetos -, Renard - Vulpes vulpes -, et chiens errants) et ne semblent prélever principalement que des agneaux ; leurs possibles impacts négatifs sont méconnus.
 

 

Distribution de l’espèce en Corse

 

Le Mouflon de Corse serait un descendant de mouflons d’Asie mineure domestiqués et importés sur les îles méditerranéennes au VIe ou VIIe millénaire avant J.C. Certains redevinrent sauvages, donnant naissance aux souches actuelles de mouflons de ces îles. Il est ainsi strictement localisé à la Corse (l’ONF conserve en Provence une souche apparemment pure originaire de Bavella, mais potentiellement consanguine puisque créée en 1935 à partir de seulement 2 mâles et 1 femelle).

 

En Corse, on distingue deux ensembles de populations : celui du Cinto au nord (Haut-Asco, Haut-Golo, Aitone, Lonca, Filosorma, Bonifatu, Tartagine-Melaja) et celui de Bavella au sud (Malo-Tova, Incudine, Aiguilles de Bavella, Sambuccu-Bavella, Ospedale).
En 1998, on notait toujours à Venaco la présence d’un noyau de mouflons méditerranéens issu d’une réintroduction passée (1967-197 1) malheureusement réalisée à partir d’une majorité de mouflons de zoos parisiens et uniquement de quelques agneaux de mouflons de Corse. Sa disparition est souhaitée par tous.

 

Enfin, en 1993, le PNR Corse a réalisé une réintroduction de mouflons (vallée du Cruzzini) à partir d’un groupe de mouflons capturés en Corse sur la réserve d’Asco ; l’absence d’observations récentes est inquiétante, mais on peut croire encore au développement de ce groupe d’animaux.

 

Visualiser la répartition du Mouflon de Corse

 

 

Statut juridique
 

  • Directive "Habitats-Faune-Flore" : annexes II et IV, sous l’appellation "Ovis ammon musimon (populations naturelles - Corse et Sardaigne)"
  • Convention de Berne : annexe III, sous l’appellation "Ovis aries (musimon, ammon)"
  • Convention de Washington : annexe II (CITES annexe C2), sous l’appellation "Ovis gmelini" - Cotation UICN : Monde : Vulnérable, sous l’appellation "Ovis gmelini"

 

Mesures réglementaires en France

 

Au niveau national, le Mouflon (de Corse et méditerranéen) a le statut d’ "espèce de gibier dont la chasse est autorisée". Il est soumis au plan de chasse obligatoire depuis 1978. En Corse, sa chasse est officiellement interdite depuis 1953 par les arrêtés d’ouverture de la chasse. Par ailleurs, l’instruction ministérielle aux préfets du 10 février 1989 leur interdit "toute délivrance d’autorisation de transport de mouflons vivants à destination de la Corse".

 

Le Parc naturel régional de Corse et les Forêts gérées par l’Office National des Forêts englobent la majorité de l’aire fréquentée. Environ la moitié des territoires où vit l’espèce dans les périodes de chasse sont classés en Réserves de chasse et de faune sauvage, gérées par l’ONF pour la plupart, et par l’Office National de la Chasse et la commune d’Asco.
 

 

Etat des populations et menaces potentielles

 

Malgré la passion très ancienne pour cet animal symbole, il est resté très peu étudié et son statut passé est méconnu. Néanmoins, le souci de protection depuis la fin du XIXe siècle n’est certainement pas l’effet du hasard. Il résulte de la réelle disparition de l’espèce, suite à une chasse excessive à la fin du XIXe et au début du XXe siècle dans les zones occupées au début du XIXe siècle (Rotondo, Monte d’Oro et Renoso). L’existence de toponymes corses bien au-delà de la chaîne centrale laisse à penser que l’aire passée pouvait être encore plus importante. Il semble ainsi s’être réfugié dans les deux secteurs montagneux les plus sauvages de l’île. Néanmoins, depuis une quarantaine d’années, cette réduction de l’aire de répartition paraît stabilisée ; on observe même de rares cas de recolonisation géographiquement limités.

 

Seules d’importantes diminutions des effectifs peuvent expliquer les réductions d’aire observées au début du siècle. Depuis, un dénombrement de l’ensemble des populations a pu être réalisé de 1982 à 1987 ; l’analyse des résultats a permis de considérer que les deux principaux noyaux de populations avaient dépassé le seuil critique d’extinction. Par contre, l’absence de répétition de ces opérations ne permet pas d’estimer précisément l’évolution quantitative récente. Cela dit, les observateurs et responsables locaux s’accordent sur l’arrêt des réductions d’effectifs, qui paraît principalement résulter de l’interdiction de la chasse.

 

Les estimations quantitatives disponibles sur les 40 dernières années sont actuellement :

  • Cinto : 1957 : environ 100 ; 1968/1969 : environ 60 ; 1975 : 200 ; 1982/1987 : 394 ;
  • Bavella : 1964 : inférieur à 100 ; 1968/1969 : effectif voisin de zéro ; 1975 : 200 ; 1982/1987 : 190.

Aucune introduction d’individus extérieurs à la variété corse n’a été tentée de mémoire d’homme dans les deux principaux noyaux de populations. Par contre, en 1979, de rares Mouflons méditerranéens introduits subsistaient sur deux sites (Ajaccio, Zicavo). Ces animaux ont depuis été éliminés, il n’y a donc pas à déplorer de pollution génétique. Les différences de cornage des mâles et les pourcentages de femelles cornues observés entre les deux noyaux laissent supposer une différenciation génétique qui pourrait résulter de l’ancienne ségrégation géographique de ces deux entités.

 

Menaces potentielles
Pour l’espèce elle-même, les principales menaces sont le braconnage et les dérangements liés au développement des activités de sports et de loisirs.

 

La chasse au Mouflon est interdite, mais quelques battues au Sanglier (Sus scrofa) en périphérie des Réserves de chasse sont susceptibles de limiter les possibilités de colonisation. Les risques de pollution génétique (croisements avec des moutons domestiques) n’affectent pas actuellement ces populations.

 

La veille sanitaire minimale exercée sur ces populations n’a révélé aucune pathologie anormale, ni de pathologies particulières aux mouflons insulaires. Par contre, le développement récent, rapide et généralisé géographiquement, de la Blue Tongue sur les moutons domestiques corses nécessite le renforcement de cette veille sanitaire car elle peut affecter leurs ancêtres sauvages.

 

Les menaces sur l’habitat sont réelles : les incendies accidentels, certains aménagements qui augmentent les sources de dérangements et de braconnage (amélioration du réseau routier, création de nouvelles pistes ouvertes au public ou de structures touristiques) et la trop grande fermeture des couverts forestiers suite à la déprise pastorale.

 

 

Propositions de gestion

 

Propositions relatives à l’habitat de l’espèce
Les actions passées de protection ont abouti notamment à la création d’un important réseau de Réserves, principalement dans les forêts domaniales gérées par l’ONF. Ce réseau, d’une efficacité certaine, mériterait d’être adapté à la situation actuelle (notamment pour favoriser l’extension de l’espèce sur les secteurs sud-ouest du Cinto, et nord-Bavella qui ne présentent aucune réserve de ce type).
La lutte contre les incendies est prise en charge par les autorités compétentes.
La réflexion préalable pour des aménagements des milieux respectueux de l’environnement est encore trop rare. La directive "Habitats" pourrait être un des outils privilégiés pour cette concertation.

 

Propositions relatives à la gestion de l’espèce
La concertation et la collaboration entre les organismes concernés par le développement de l’espèce en Corse est la première condition du succès des actions en cours et à venir ; ces partenaires (Etat (DREAL), ONCFS, ONF, Région (Office de l’Environnement), Pnr Corse, Conseil Général de Haute-Corse, Fédérations départementales des chasseurs, élus et diverses associations) l’ont bien compris et ont déjà approuvé plusieurs programmes d’action depuis vingt ans. En 1994, l’Office de l’Environnement a été désigné comme coordinateur d’un groupe de travail régional permanent "Mouflon".

 

Un double objectif de gestion est clairement affiché : favoriser le maintien et le développement des deux noyaux de populations et en créer de nouveaux par réintroduction à partir des souches corses. Le deuxième objectif résulte des trois principaux constats de braconnage et de faibles dynamique de reproduction et capacité de colonisation. Ils créent un doute sur les possibilités de développement des populations en place et incitent à recourir à des réintroductions artificielles, réussies ailleurs, pour accélérer les processus.

 

Maintien et développement des deux noyaux
Plusieurs actions visent à mieux connaître le statut de l’espèce et à contrer les effets des menaces potentielles :

  • l’absence de données récentes sur l’état des effectifs est préjudiciable au développement des actions ; des opérations de suivi (comptages, protocole de suivi spatial et numérique permanent) ont été relancées ;
  • la lutte anti-braconnage est assurée efficacement par les services compétents ; néanmoins, il paraît nécessaire d’accroître ces moyens de surveillance car un braconnage s’opère encore, notamment sur Bavella ;
  • l’accent continue à être mis sur la sensibilisation à la valeur de la nature insulaire, dont le Mouflon n’est qu’un élément. Plusieurs actions spécifiques au Mouflon ont déjà été réalisées : bande dessinée et diaporama (PNRC), poster et plaquette (FDC, Conseil Général, ONCFS), articles de presse, expositions mobile (Etat, Région, ONCFS) ou temporaire (PNRC), vidéos grand-public (Sinemassoci/FR3 Corse, PNRC). D’autres projets sont en cours, tels la création d’un écomusée (Maison du Mouflon) à Asco.

 

Réintroductions
La capture et le relâcher de mouflons se sont avérés très aléatoires. Il semble maintenant indispensable de recourir à un enclos de reproduction d’une souche locale, comme pour le Cerf de Corse. Le PNRC vient de réaliser une étude technique de faisabilité et développe un projet en partenariat dans ce sens. Le groupe de travail régional a réalisé une sélection des futurs sites potentiels de réintroduction.

 

 

Axes de recherche à développer

 

Il reste à mener des recherches complémentaires : principalement, l’acquisition de connaissances fondamentales sur son écologie et sa biologie (biologie de la reproduction, activités, régime alimentaire, paramètres démographiques...), et, secondairement, la mise au point de méthodes de suivi plus légères d’application.

Bibliographie

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mis à jour en mai 2010 par D. Dubray

 

 

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