Le Sanglier

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Evolution des prélèvements par saison de chasse : Source Réseau Ongulés sauvages ONCFS/FNC/FDC
Tableaux de chasse saison de chasse 2009-2010 : Source Réseau Ongulés sauvages ONCFS/FNC/FDC

Sommaire

 

Description de l’espèce

Caractères biologiques

Caractère écologiques

Etat des populations et menaces potentielles

Gestion des populations

Bibliographie

 

 

Le sanglier (Sus scrofa)
Classe des mammifères

Ordre des artiodactyles

Famille de suidés

 

Description de l’espèce

Le sanglier est un suidé présentant un dimorphisme sexuel marqué.

 

Certaines sous espèces dans l’Est de l’Europe possèdent les plus gros représentant de cette famille, avec des individus pouvant atteindre 250 à 300 kg.

En moyenne en France, la longueur du mâle est de 140-165 cm, celle de la femelle de 125-145 cm.
Poids : mâle 100-110 kg , femelle : 70-80 kg, là encore ces chiffres ne sont que des estimations à titre indicatif.

En effet, le poids des individus peu être très variable suivant les disponibilités alimentaires du milieu. Les mâles adultes peuvent parfois dépasser les 150 kg dans les milieux riches.

Photo : Pierre Matzke ©

 

Jeune, le sanglier revêt une livrée rayée, alternant dans le sens de la longueur de l’animal des bandes claires et d’autres foncées dans les tons beige et marron, dont la fonction sert au camouflage. Il est dénommé marcassin.

Ensuite, à partir du 4-5ème mois, les soies (poils de la couche supérieure) prennent une couleur rousse, d’où son nom alors de bête rousse.

Enfin, vers 8-10 mois, le pelage s’assombrit encore pour donner la couleur sombre des animaux subadultes et adultes. Le sanglier est alors « bête noire ou bête de compagnie ».
Photo : Pierre Matzke ©

 

 

La distinction des sexes n’est aisée qu’en période estivale du fait du pelage ras que revêt le sanglier à cette saison. Ainsi il est généralement facile d’identifier la touffe de poil composant le pinceau pénien chez les mâles adultes ainsi que l’excroissance des testicules « ou suites » à la base de la queue. Les laies qui sont en général suitées lors de cette période montrent des allaites largement développées.

 

Le reste du temps, lorsque le sanglier revêt un pelage abondant, la distinction des sexes n’est guère évidente. Elle ne pourra se faire empiriquement que sur la présence de canines développées typiques d’un mâle adulte ainsi que d’une morphologie plus imposante, une laie adulte ne dépassant que très rarement les 90 kg.
 

 

Caractères biologiques

 

Régime alimentaire

 

Le sanglier est un omnivore très opportuniste qui a la faculté de s’adapter à une très vaste diversité de sources alimentaires selon leurs disponibilités aux fils des saisons.

 

La majeure partie de son régime alimentaire, en général pour plus de 95% à 97%, est constitué de matière végétale. Il ingère une multitude de fruits et graines les plus divers mais également bulbes, racines et rhizomes, partie aérienne d’herbacée (tiges de plantes, feuillages de graminées). . La part animale présente dans le régime alimentaire du sanglier représente souvent moins de 5%, et est constituée d’insectes (adulte ou larves), de mollusques, de lombriciens et autres petits animalcules. On peut trouver occasionnellement des restes d’animaux plus gros tels que des reptiles, des batraciens, des oiseaux ou des mammifères.

 

Il existe une échelle de préférences alimentaires relativement établie. Les fruits forestiers (glands, châtaignes et faines) y figurent en tête, suivis de céréales (principalement maïs et blé).

 

Activités

 

Le sanglier montre en général un rythme d’activité cyclique avec une phase de repos pendant la période diurne et une phase d’activité essentiellement à vocation alimentaire durant la nuit.

 

Le temps passé à l’alimentation et le parcours alimentaire est très variable selon les saisons et les disponibilités alimentaires. Soit l’animal ou la compagnie gagnera directement une zone d’alimentation principale sur laquelle se fera toute la prise alimentaire, soit le repas sera réalisé par des prises successives lors d’arrêts plus ou moins longs durant tout le parcours d’activité.
Photo : Pierre Matzke ©

 

Ce choix variable se fera en fonction de la distribution spatiale des sources de nourritures et des milieux exploités au fils des saisons.
Photo : Pierre Matzke ©

 

 

Lors de sa phase de repos l’animal se couche à même le sol en creusant une légère déclivité appelée bauge. Une bauge peut être occupée par plusieurs animaux d’une même compagnie. Cette bauge peut être aménagée d’éléments végétaux, notamment lorsqu’elle est établie sur des sols très humides ou par grand froid. Ce schéma général est un peu modifié chez les laies suitées qui montrent des phases d’activités aussi bien pendant le jour et la nuit et inversement des phases de repos diurnes et nocturnes.
Photo : Pierre Matzke ©

 

 

Pour son occupation spatiale, le sanglier montre une grande sédentarité, ainsi le domaine vital des mâles est généralement plus vaste que celui des femelles et, en France, la littérature fournit des estimations variables en fonctions des types d’habitats fréquentés allant de 500 à 3000 hectares quelque-soit le sexe de l’animal.

 

Ces valeurs peuvent augmenter sensiblement sous l’effet de la chasse pour atteindre 6000-7000 voire 15 000 hectares. Cette espèce n’est pas considérée comme territoriale (défendant activement son territoire), ainsi de nombreux animaux se partagent un même espace géographique, en particulier ceux génétiquement apparentés. Pour les compagnies issues d’une même lignée, les générations successives se montrent fidèles, au cours du temps, à un même secteur forestier avec des domaines vitaux qui, si ils étaient superposés, se montreraient très largement recouvrant. Lorsqu’il y a concurrence entre compagnie, celle-ci est le plus souvent constatée sur les zones d’alimentation.

 

L’expérience de télémétrie sur un grand nombre d’individus, montre même qu’à l’échelle d’un massif homogène de 11000 ha, plus de 95% des animaux possèdent un domaine vital (500 ha à 3000 ha) s’inscrivant parfaitement dans les limites de cet habitat.

 

On peut donc raisonnablement admettre comme d’autres auteurs que la gestion des populations de sanglier peut s’effectuer de manière efficace sur des unités de surface de l’ordre de 30000 hectares, compatible avec les exigences d’un découpage raisonnable, tenant compte des barrières naturelles et artificielles, à l’échelle départementale.
 

 

Reproduction et survie

 

Le sanglier est considéré une espèce polygyne, le mâle dominant lors du rut pouvant s’accoupler à plusieurs femelles. Cependant des résultats récents indiquent que cette espèce peut également adopter un système de reproduction de promiscuité qui s’exprime par de la polygyandrie  : un mâle va s’accoupler avec plusieurs laies différentes mais les femelles vont s’accoupler aussi avec plusieurs mâles lors d’une même occasion de reproduction. Ainsi il a été obtenu sur le territoire d’étude expérimental de Chateauvillain-Arc-en-Barrois, qu’en moyenne, le nombre de pères différent identifiés pour une même portée est proche de 3.

 

La maturité sexuelle chez le mâle est acquise vers 10 mois, lorsque le poids des testicules atteint une cinquantaine de grammes.

 

Chez la laie la maturité sexuelle est atteinte entre 8 mois et 24 mois. Cette amplitude peut s’expliquer par la variation des facteurs trophiques qui conditionnent la croissance et permettent d’atteindre le poids seuil nécessaire à l’activité reproductrice. Cependant, et bien que ce résultat doive être encore scientifiquement consolidé, il apparaît que l’effet d’une forte pression de chasse puisse modifier, en l’abaissant, la valeur du seuil (poids nécessaire) et permettre ainsi l’entrée en reproduction des jeunes laies de façon plus précoce.

 

Donc en fonction de la période de naissance, des disponibilités alimentaires, de la période d’anoestrus estival, et éventuellement de facteur sociaux et cynégétique la laie participera à la reproduction plus ou moins tôt dans sa vie.
 
Par ailleurs, outre la participation à la reproduction est différente chez les laies adultes et sub-adultes, pour un âge donné, la prolificité des laies est aussi dépendante du poids corporel : A titre indicatif, la taille de portée d’une laie adulte en France varie de 5 à 7 marcassins, selon la richesse trophique du milieu.
 
Il semblerait que la période la plus critique pour la survie du sanglier soit durant ses premiers mois de vie où la mortalité postnatale peut être très variable et pourrait affecter près de 10% à 71% des nouveaux nés.
 
L’espérance de vie du sanglier en milieu naturel est mal connue et peu renseignée mais elle doit pouvoir dépasser les 10 ans. Cependant dans les milieux à forte pression de chasse, peu d’individus notamment chez les mâles, ne dépassent les 3 années, sauf si des règles de tirs sont décidées en vue de la protection de certaines catégories d’animaux.

 

L’accroissement annuel d’une population est très variable, selon les années et peut varier de 100% jusqu’à 150%.
 

 

Caractère écologiques

 

Répartition géographique

 

Au niveau mondial cette espèce est très largement représentée et occupe des habitats très diversifiés, allant de milieux semi-désertiques (Australie, Etat Unis ou pays du Magreb) en limite de toundra (Russie et Pays Scandinaves) en passant par des milieux de forêt humide (Australie, Sud Est Asiatique).

 

En France le sanglier se rencontre dans tout les types de formation, depuis la garrigue méditerranéenne jusqu’aux pelouses alpines. En montagne, le sanglier peut effectuer des migrations en altitude selon les saisons, la neige est une contrainte forte pour ses déplacements et lorsqu’elle est complétée par le gel, elle le devient aussi pour son alimentation. Il s’adapte aussi bien à des milieux marécageux, tel que la Camargue, qu’à des milieux secs, tel que le pourtour Méditerranéen, bien qu’initialement il soit resté longtemps cantonné dans les grand massifs forestiers de la plaine jusqu’à l’étage collinéen.

 

De nos jours en France, on trouve le sanglier quasiment partout. Les densités les plus fortes se retrouvent dans les départements du quart Nord-Est, et dans les dans les départements du Sud, sur le pourtour Méditerranéen et la Corse.

 

 

Statuts de l’espèce

 

Le sanglier est, actuellement, une espèce classée gibier, donc chassable selon les prescriptions édictées par le Préfet dans son arrêté annuel d’ouverture (article R. 224-4 du Code rural).
Photo : Pierre Matzke ©

 

Cependant depuis la parution du décret du 30 septembre 1988 n° 88-940 5 article R. 227-5 à R. 227-27) le Préfet décide annuellement du classement nuisible ou non du sanglier, après avis du Conseil départementale de la chasse et de la faune sauvage.

 

Aucune réglementation européenne ou internationale ne s’applique à l’espèce Sus scrofa. La directive 92/93/CEE de mai 1992 et la convention de Berne n’accordent au sanglier aucune attention particulière.

 


Etat des populations et menaces potentielles

 

L’augmentation des effectifs de sanglier a été très importante ces dernières années sur l’ensemble de L’Europe. La France n’a pas échappé à ce changement démographique. 

 

Facteurs de régulation des populations

 

La chasse

 

C’est actuellement le meilleur moyen de réguler les populations de sangliers. Toutefois, compte tenu de sa pratique actuelle, souvent trop conservatrice, la chasse a été plutôt à l’origine de l’accroissement des populations par une forte tendance à la capitalisation des animaux reproducteurs.

 

Une gestion trop conservatrice est souvent génératrice d’importants problèmes locaux dus à des déséquilibres forts entre les densités de populations et la capacité d’accueil du milieu.
Il conviendra donc de mettre au point des méthodes de suivis indiciaires permettant d’apprécier au mieux l’évolution des effectifs, si possible en temps réel, pour pouvoir réagir de façon appropriée aux problèmes naissant.

 

La réflexion sur la détermination de plan de chasse doit s’inscrire dans cette perspective.

 

La prédation

 

En dehors de l’homme, le loup peut être perçu comme le seul prédateur naturel du sanglier en France. Compte tenu de ses faibles effectifs actuels, il est peu probable qu’il puisse être une menace directe sur l’évolution démographique de l’espèce sanglier pour la décennie à venir, à quelques rares exceptions près (à voir dans des zones sud alpines).

 

Les conditions météorologiques

 

Si des conditions météorologiques difficiles peuvent agir sur la survie postnatale des jeunes (ceux-ci n’ayant une thermorégulation encore imparfaite durant les premiers jours de vie), et limiter le taux de recrutement de la population au cours d’une année donnée, il est difficile de concevoir que ce facteur puisse jouer un rôle de régulateur des populations de sanglier sur plusieurs années consécutives.

 

L’amplitude de milieux occupés par le sanglier montre qu’il peut parfaitement s’adapter à des situations climatiques très contrastées. Cependant dans des milieux un peu marginaux de l’aire de répartition du sanglier, comme en milieu de montagne par exemple, l’influence des conditions météorologiques pourraient être très forte certaines années, avec des implications sur la dynamique de population (L’absence de recrutement de jeunes une année donnée, après un hiver très rigoureux n’est pas à exclure !)

 

Les infrastructures et les zones naturelles protégées

 

L’augmentation de l’urbanisation et le développement des voies à grandes circulation, autoroutières ou ferroviaires peuvent modifier de façon significative la qualité des habitats et leur occupation par les populations de sanglier.

 

Ainsi, l’augmentation constante des effectifs ainsi que l’augmentation du trafic routier conduisent aussi à une augmentation de la fréquence des collisions. Cette modification de l’environnement doit être précisée et intégrée dans la gestion future des populations de sangliers.

 

Paradoxalement, le sanglier peut aussi s’adapter à la présence humaine et en profiter pour échapper à la chasse. Ainsi, il peut s’installer dans des zones de friches industrielles en périphérie de villes et causer quelques nuisances dans les jardins ou les pelouses des zones résidentielles environnantes.

 

En ce qui concerne les zones protégées (réserves naturelles, parcs de loisirs ou réserves de chasse), elles servent souvent de refuges aux sangliers où ils s’y cantonnent, particulièrement durant la période de chasse, provoquant de fortes concentrations locales temporaires. On peut ainsi observer une forte concentration d’individus durant cette période en ces lieux.

 

Les conséquences sont doublement négatives :

  • D’une part il y a un risque pour les objectifs de protection de la faune et la flore à l’origine de la mise en réserve du lieu.
  • D’autre part c’est très souvent l’origine d’une source de conflit avec les agriculteurs qui voient les dégâts augmenter sur le pourtour de ces zones protégées.

 

Pour l’instant l’influence de tels milieux dans le fonctionnement dynamique des populations de sanglier est encore mal connu en terme démographique, toutefois les premiers éléments en terme d’écologie spatiale montrent que l’effet d’attraction de ces zones sur les animaux vivant dans leur périphérie semble modeste et de l’ordre de quelques kilomètres. Dans le Bassin Genevois, une étude précise montre que la zone d’influence de la réserve ne dépassent pas 2 kilomètres.

 

L’agriculture

 

La présence du sanglier en milieu agricole est lourde de conséquences puisque cette espèce exploite régulièrement les cultures. Les dégâts les plus importants sont observés sur le maïs.

 
La loi impose aux chasseurs d’indemniser les agriculteurs pour les dégâts commis aux cultures par le grand gibier. Le sanglier est très largement impliqué dans les dégâts agricoles. De fait, les niveaux de populations de sanglier acceptables seront très liés au contexte agricole dans la région considérée. Malgré des mesures de protections les plus diverses (clôture électriques, agrainage dissuasif etc..) il est impossible d’empêcher tout dégâts avec une forte population de sanglier présente.

 
En revanche, des zones où la déprise agricole intervient peuvent devenir rapidement favorables au développement du sanglier qui pourra exploiter aisément les zones de quiétude créées par la fermeture du milieu.

 
La rédaction des ORGFH (Orientation Régionale de Gestion de la Faune et de ses Habitats) et des schémas départementaux de gestion cynégétique est une occasion de définir la place de cette espèce dans les zones rurales, en s’appuyant sur les orientations agricoles.

 

 

Risque sanitaires

 

De nombreuses pathologies sont susceptibles d’affecter les sangliers. Ainsi pour mémoire, les pathologies les plus graves pour lesquelles le sanglier est un relais, un réservoir ou un révélateur sont : la fièvre aphteuse, la peste porcine classique, la peste porcine africaine, la maladie d’Aujesky, la rage, la brucellose et récemment la tuberculose bovine.

 

Vis à vis de la consommation de viande de sanglier par l’homme on indiquera également les risques liés à la trichinose. Si la connaissance des pathologies et leurs identifications, sont bien connues, leurs modes de fonctionnement dynamique dans les populations naturelles de sangliers restent en revanche très peu connus et mal maîtrisés

 

Ce risque n’a pour l’instant eu des effets qu’à des échelles très locales et n’a jamais conduit à la réduction durable des populations qui arrivent à s’auto-immuniser plus ou moins rapidement contre les épidémies.

 


Gestion des populations

 

La récurrence des questions formulées par les gestionnaires de la faune peut souligner soit un manque d’information donc un manque de transmission des connaissances actuelles, soit un manque évident d’outils simples et aisés à mettre en œuvre pour répondre de manière efficace à ces questions.

 

Indicateurs du niveau de population

 

 Un des problèmes majeur à la gestion est celui de trouver un indicateur du niveau de population. En d’autres terme connaître l’effectif de sanglier à gérer.

 

Pour l’instant peu d’indicateurs fiables et validés sont disponibles pour le suivi des populations. Souvent l’appréciation des tendances d’évolution se base sur : le tableau de chasse, l’évolution du montant des indemnisations des dégâts agricoles ou l’évolution des indices issus des dénombrements sur place d’affouragement. Mais ces éléments de réflexion sont à utiliser avec précautions.

 

 Cliquer sur le graphique pour consulter les tableaux de chasse des ongulés sauvages

 
Evolution des prélèvements par saison de chasse : Source Réseau Ongulés sauvages ONCFS/FNC/FDC

 

 Cliquer sur la carte pour consulter les tableaux de chasse des ongulés sauvages

Tableau de chasse des ongulés sauvages

Pour l’instant, c’est essentiellement à partir de ces indicateurs que s’effectue le pilotage de la gestion du sanglier.

Une réflexion sur l’optimisation de l’utilisation du tableau de chasse à l’échelle de l’unité de gestion et/ou à l’échelle départementale est en cours afin de dégager le ou les critères permettant d’établir des outils valides et utilisables pour une gestion réactive.

Tableaux de chasse saison de chasse 2009-2010 : Source Réseau Ongulés sauvages ONCFS/FNC/FDC

 

 

 

Plan de chasse

 

Il apparaît aujourd’hui que la gestion du sanglier doit s’organiser par unité (dites unités de gestion) en fonction d’objectifs qui y sont fixés.

 

En effet, une gestion à une vaste échelle (échelle départementale par exemple) ne paraît pas judicieuse, compte tenu des différences marquées dans la structure des habitats qui peuvent exister dans un même département. Cette réflexion se justifie aussi par l’existence de zones sensibles, dites zone de « points noirs », souvent assez bien identifiés dans les départements, confortant ainsi l’idée que le problème de la gestion du sanglier doit se réaliser à une échelle locale.

 

On peut dire que dans un même département il est possible de trouver aussi bien des cas de surabondance ou des cas de pénurie, avec souvent une volonté des gestionnaires qui sera opposée (diminuer les effectifs pour les uns et les augmenter pour les autres).

 

Nous avons déjà évoqué précédemment un ordre de grandeur possible pour la constitution d’unité de gestion (voir le paragraphe activité).

 

Le plan de chasse est avant tout quantitatif : il doit conduire au prélèvement d’un nombre de sangliers adapté aux objectifs fixés. Quand la réduction des effectifs est recherchée, il est indispensable de répartir les tirs dans toutes les classes d’âge afin de prélever un nombre suffisant de femelles reproductrices qui sont moteur de la dynamique des populations. Les règles de tir doivent être les plus simples possibles.

 

Ainsi la définition de seulement deux classe d’âge apparaît être suffisante pour une bonne application du plan de chasse. Toutefois, outre les classes d’âges, des possibilités basées sur des classes de poids peuvent aussi être mises en œuvre pour la définition des règles de tirs. Notons que bien souvent les deux approches ne sont pas totalement indépendantes.

 

Cependant, si en théorie la solution du plan de chasse (mesure administrative imposée par arrêté préfectoral après avis des Fédérations Départementales des Chasseurs (FDC)) semble opportune, son caractère obligatoire et sa mise en application effective sur le terrain sont souvent source de contraintes pouvant nuire à son efficacité. Aussi le plan de gestion peut apparaître comme un compromis plus souple d’utilisation sur le terrain.

 

L’agrainage

 

En l’état actuel de la législation, l’agrainage est réglementé au niveau départemental par le schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) élaboré par chaque FDC après concertation des partenaires et validé par le préfet.

 

La distribution de maïs à des fins dissuasives (agrainage de dissuasion) à montré son efficacité pour la protection de différents type de cultures sensibles. Ainsi, les conditions d’application de l’agrainage dissuasif ont été clairement exposées (se référer à la fiche technique de l’ONCFS N°92 et rappelées dans la circulaire ministérielle du 18 février 2012). Toutefois des dérives vers une utilisation abusive existent et discréditent le bien fondé de cette pratique dans de nombreux secteurs.

 

Cette circulaire ministérielle du 18 février 2012 retient ainsi deux formules : l’agrainage de dissuasion et l’agrainage cynégétique. Le premier correspond à une distribution visant à réduire les dégâts aux cultures. Il ne doit être utilisé qu’à certains stades de vulnérabilité des cultures sensées être protégées. Les autres formes d’apport correspondent au second.

 

Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas prouvé que l’agrainage de dissuasion soit « le » facteur prépondérant dans l’augmentation des effectifs de sanglier et il semble illusoire de vouloir diminuer brutalement les populations déjà présentes uniquement en ne jouant que sur ce levier. Néanmoins, un agrainage sous forme de nourrissage annuel doit être proscrit et particulièrement dans des milieux extrêmement marginaux. En effet, dans ces milieux, l’apport artificiel constitue parfois une bonne part de l’alimentation des sangliers. Rappelons également que la mise en place de l’agrainage cynégétique doit faire l’objet d’un accord des membres de la commission départementale de la chasse et la faune sauvage (CDCFS) et qu’il est vivement conseillé de l’interdire, en période de chasse, dans les secteurs de ‘points noirs’.

 

Si l’effet de l’agrainage sur la démographie est encore mal connu, en revanche son effet sur le cantonnement des animaux dans les massifs forestiers est plus évident. C’est d’ailleurs pour contenir les sangliers loin des cultures sensibles que cette technique de dissuasion a été testée et préconisée. Un agrainage intensif, doublé d’un faible, voir d’une absence, de prélèvement sur un secteur donné générera le regroupement des sangliers sur la zone et à terme conduira à l’apparition d’un « point noir ».

 

En France, il est très peu probable d’assister à une mortalité massive de sangliers due à une disette alimentaire, consécutive à l’arrêt de l’agrainage, compte tenu des nombreuses autres sources alimentaires potentielles pour le sanglier. En revanche, l’impact sur les cultures agricoles ou les milieux sensibles risquerait d’être très fortement exacerbé. Une telle mesure, si elle est souhaitée, devrait être précédée d’une forte diminution des effectifs dans les unités de gestion concernées.

 

Pour résumer, une saine gestion des populations intégrant la réduction des dégâts agricoles suppose :

  • Prioritairement la maîtrise des effectifs de sangliers par une pression de chasse adaptée.
  • En complément la mise en œuvre, si besoins et en concomitance ou non, de mesures de préventions parmi les plus effectives à ce jour, à savoir la clôture électrique et l’agrainage dissuasif.

 

Bibliographie

 

BAUBET E. 1998. Biologie du sanglier en montagne : biodémographie, occupation de l’espace et régime alimentaire. Thèse de doctorat – UCBL I – 281 p.

BOULDOIRE J.L. et VASSANT J. 1989. Le sanglier. Hatier – Faune Sauvage.

DARDAILLON M. 1984. Le sanglier et la milieu camarguais : dynamique coadaptative. Thèse de doctorat – Toulouse – 345 p.

FOURNIER-CHAMBRILLON C. 1996. Etude du régime alimentaire d’une population de sangliers (Sus scrofa L.) en garrigue de chêne vert. Thèse Vétérinaire – ENV Nantes – 123 p.

 

François KLEIN, Benoît GUIBERT et Eric BAUBET, éditeurs (2008) – Modalités de gestion du sanglier, Actes du colloque tenu à Reims (Marne) les 1 er et 2 mars 2007.- F.N.C.-O.N.C.F.S., Paris, 226 pages.

MAILLARD D. 1996. Occupation et utilisation de la garrigue et du vignoble méditerranéen par le sanglier (Sus scrofa L.). Thèse de doctorat – Aix-Marseille III – 324 p.

MAUGET R., CAMPAN R., SPITZ F., DARDAILLON M., JANEAU G., et PEPIN D. 1984. Synthèse des connaissances actuelles sur la biologie du sanglier, perspectives de recherche. Symposium international sur le sanglier, les colloques de l’INRA N°22. pp 15-50.

VASSANT J. 1994. L’agrainage dissuasif : résultats d’expériences. premiers résultats. Bulletin Mensuel de l’Office National de la Chasse. N° 191 pp 101-105.

ONCFS (1997). Agrainage et gestion des populations de sangliers. Fiche Technique N° 92. ONCFS.

ONCFS (1999). La gestion cynégétique des populations de sangliers. Fiche Technique N° 96. supplément au Bulletin Mensuel de l’ONCFS n° 246.

ONCFS (2010). Faune Sauvage N° 288 – spécial gestion du sanglier.

 

 

 

 

relu et compilé par Eric Baubet en janvier 2013.

Relu également par Serge Brandt, Eveline Nivois, Christine Saint-Andrieux et François Klein.

 

 

 

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