Les habitats côtiers

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Rôle et importance des habitats côtiers pour la Faune Sauvage (oiseaux en particulier)

 

 

Sommaire

 

Grands types d’habitats côtiers

 

Autres oiseaux caractéristiques des habitats côtiers

 

Tendance d’évolution des habitats côtiers

 

Incidences des facteurs anthropiques
 

Vue partielle de la Baie de l’Aiguillon

 

 
  • au premier plan, des vasières intertidales ;
  • au second plan, des prés-salés ;
  • en arrière-plan, des polders, conquis sur la mer par endigage. Ils sont consacrés à la culture intensive de céréales et de tournesol. 

(Photo : Coraline MOREAU ©)

 

 

 

1) Grands types d’habitats côtiers

 

 
Parmi les oiseaux les plus typiques des milieux littoraux figurent les limicoles, dont beaucoup leur sont plus ou moins strictement liés pendant au moins une partie de leur cycle annuel. Ces habitats sont peu propices à leur reproduction, en raison principalement du jeu des marées. L’Huîtrier pie niche cependant sur les côtes rocheuses de la Bretagne à la Picardie. Les côtes sableuses, en particulier si elles sont adossées à des dunes, peuvent être localement propices à la reproduction du Gravelot à collier interrompu et du Grand gravelot. Les lagunes côtières peuvent aussi accueillir la nidification du Gravelot à collier interrompu, de l’Huîtrier pie, de l’Avocette et de l’Echasse blanche.

 

Les milieux littoraux sont donc essentiellement exploités par des limicoles migrateurs provenant d’une zone allant de l’Arctique canadien au nord de la Sibérie. Bon nombre d’entre eux ne font qu’y transiter à destination de leurs zones d’hivernage pouvant s’étendre, pour certaines espèces, jusqu’en Afrique australe. Les autres y restent pour passer l’hiver, et c’est habituellement en fin d’automne et début d’hiver que les effectifs y sont maximaux. Enfin, certains, en particulier des immatures, restent estiver sur place, en nombres assez faibles, sans rejoindre leurs zones de reproduction.

 

La seule espèce de limicole qui soit strictement inféodée aux côtes rocheuses est le Bécasseau violet, présent localement en hiver sur les côtes de l’Ouest du pays. Mais ces côtes sont aussi prisées par le Tournepierre, l’Huîtrier pie et, de façon plus secondaire par les Courlis, le Pluvier argenté et le Chevalier gambette. Les platiers rocheux bien pourvus en algues sont aussi utilisés en hivernage par la Bernache cravant, par exemple sur les îles de Ré et Oléron.
Les côtes sableuses sont l’habitat de prédilection du Bécasseau sanderling, et sont aussi fréquentées par le Tournepierre, en particulier s’il y a des laisses de mer, le Pluvier argenté, le Courlis corlieu et le Grand gravelot.
Les lagunes, qu’on trouve surtout sur la côte méditerranéenne, attirent par leur richesse trophique une grande variété de limicoles, notamment la Barge à queue noire, le Grand gravelot, l’Avocette, le Bécasseau minute et les Chevaliers. Parmi ces derniers, le Chevalier aboyeur s’arrête au cours de ses migrations sur tous types de zones humides dans l’ensemble du pays, mais ceux qui restent hiverner, en petits nombres, ne le font normalement que sur le littoral, sur des portions de côtes abritées et des prés-salés.

 

 

Les habitats côtiers les plus riches sont les vasières, réparties sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique dans les baies, les anses et la partie aval des estuaires. Leurs parties les plus élevées sont souvent colonisées par une végétation adaptée à la submersion temporaire par la mer, constituant les prés-salés.
Photo : F. Latraube ©

A l’exception du Bécasseau violet, on peut trouver sur ces vasières tous les limicoles côtiers, ainsi que la Bernache cravant, qui s’y nourrit d’algues et de zostères, par exemple dans le bassin d’Arcachon ou en baie de Bourgneuf. Localement, elle s’alimente aussi de Puccinellie sur les prés-salés, par exemple en baie de l’Aiguillon et en Baie de Mont St Michel.

 

Ce sont les grandes vasières qui accueillent l’essentiel des quelque 600 000 limicoles côtiers hivernant en France métropolitaine. Ils s’y nourrissent quasi exclusivement d’invertébrés (vers, mollusques, hydrobies, etc.) repérés soit à vue, soit tactilement par le bec enfoncé dans la vase. La granulométrie des sédiments influe sur l’utilisation des vasières par les différentes espèces. C’est ainsi par exemple que l’Huîtrier pie et la Barge rousse privilégient les sédiments sablo-vaseux, tandis que l’Avocette et la Barge à queue noire préfèrent les sédiments les plus fins et les vases molles. Les oiseaux se nourrissent sur les vasières exondées ou dans une très faible profondeur d’eau. Leur alimentation a donc lieu durant les deux périodes de marée basse quotidiennes, de jour comme de nuit. La marée montante les contraint à cesser de s’alimenter, et à se réfugier à des endroits restant émergés, qui peuvent être, selon les lieux et le coefficient de marée, des parties hautes de vasières, des prés salés, des bancs de sable ou des plages, des îlots, etc. Ces reposoirs de marée haute, où se regroupent tous les limicoles d’un secteur, peuvent être éloignés des vasières où ils s’alimentent, les obligeant à des déplacements parfois importants. Ces reposoirs ne sont utilisables que s’ils sont exempts de dérangement.

 

 

2) Autres oiseaux caractéristiques des habitats côtiers

 

Le Tadorne de Belon est une espèce caractéristique des vasières littorales et des lagunes. Il y partage non seulement l’habitat des limicoles, mais aussi leur nourriture puisqu’il se nourrit, en surface de la vase, surtout d’Hydrobies et autres invertébrés.
Les Goélands, Mouettes et Sternes sont particulièrement communs dans les milieux fréquentés par les limicoles côtiers.
Les vasières, en raison de la tranquillité et de la sécurité qu’elles peuvent procurer, servent fréquemment de remises diurnes à des canards de surface, qui les quittent la nuit pour aller se nourrir dans les marais arrière-littoraux ou dans les prés-salés attenants. Le Canard siffleur et, plus localement l’Oie cendrée, qui ont un régime alimentaire pour partie commun avec celui de la Bernache cravant, peuvent utiliser les mêmes sites d’alimentation. Dans les lagunes méditerranéennes, les Canards et Fuligules, ainsi que la Foulque et le Flamant rose, côtoient souvent les limicoles.

 

3)Tendance d’évolution des habitats côtiers

 

Les habitats d’espèces côtières, comme la plupart des limicoles et la Bernache cravant, ont subi historiquement une forte régression du fait de l’endigage de vastes surfaces tant sur les côtes et estuaires de l’Ouest de la France que dans le delta du Rhône. Si l’époque des endigages de vasières et prés-salés pour créer des polders est maintenant révolue, les zones humides littorales subissent toujours, ponctuellement, des amputations. Celles-ci sont le fait d’endigages et de remblaiements destinés à des installations portuaires, industrielles ou urbaines et à des voies de communication.

 

Hormis ces aménagements agissant directement sur les milieux, ceux-ci fonctionnent et évoluent d’une façon relativement « naturelle ». Si l’élévation du niveau des eaux marines due au réchauffement climatique ne peut avoir une incidence significative qu’à long terme, il n’en va pas de même de la sédimentation, dont la rapidité est accentuée par l’utilisation agricole des bassins versants. L’effet de cette sédimentation dépend du stade d’évolution des vasières considérées. Lorsque ce stade est déjà avancé, par exemple en baie du Mont St Michel et, plus encore, en baie de l’Aiguillon, principal site d’hivernage de la Barge à queue noire en France, la progression très rapide des prés-salés réduit d’autant la surface des vasières où peuvent s’alimenter les limicoles. Inversement, elle est en soi plutôt favorable, à court et moyen terme, aux anatidés herbivores, dont la Bernache cravant.

 

 

4)Incidences des facteurs anthropiques

 

En raison de leurs caractéristiques (action de la marée, salure de l’eau), de leur statut (généralement Domaine public) et de la législation les concernant, les milieux côtiers sont relativement peu anthropisés. Indépendamment d’aménagements physiques visant à changer leur nature, ces milieux subissent cependant indirectement l’influence de l’anthropisation des bassins versants. Ceux-ci sont largement occupés par des sols cultivés, dont une bonne partie est laissée plus ou moins nue pendant la période la plus pluvieuse de l’année et est donc sujette à une érosion qui accentue la sédimentation sur une partie des côtes de l’Atlantique et de la Manche. Inversement, l’artificialisation du fonctionnement hydraulique du Rhône a interrompu l’évolution de son delta. L’agriculture et les autres activités humaines sont à l’origine d’apports anormalement élevés d’éléments minéraux et de polluants divers. Ces derniers peuvent avoir un effet direct, par leur toxicité, et indirect, par leur impact négatif sur les populations d’invertébrés dont se nourrissent les limicoles. Localement, le littoral fait l’objet d’une fréquentation intensive, génératrice de dérangements pour les oiseaux. Cette fréquentation est surtout le fait d’activités de loisir, exercées pour une large part en fin d’été, c’est-à-dire pendant la principale période de migration des limicoles. La navigation de plaisance et les sports nautiques peuvent surtout déranger les Bernaches Cravant, et les limicoles sur leurs reposoirs de marées hautes, tandis que la pêche à pied de coquillages dérange plutôt les limicoles sur leurs zones d’alimentation. La pêche de coquillages en bateau, peut avoir un effet sur les ressources alimentaires des limicoles, du Tadorne de Belon, et de canards marins ; en détruisant des herbiers de zostères, comme dans le Golfe du Morbihan, elle peut aussi réduire les possibilités d’alimentation de la Bernache Cravant.

 

En Baie du Mont St Michel, le pré salé de la réserve de chasse maritime a fait l’objet sur une superficie de 50 hectares, de travaux d’aménagement pour favoriser l’accueil de l’avifaune migratrice, notamment les canards en période de migrations et d’hivernage.

 

Le suivi ornithologique montre que la zone aménagée est utilisée de jour comme de nuit par le Canard siffleur et la Sarcelle d’hiver, qui exploitent ce milieu pour leurs activités de repos et d’alimentation. Le suivi botanique révèle que le broyage annuel de la végétation haute (Chiendent et Fétuque rouge) et le pâturage ovin ont un impact positif sur la capacité d’accueil de ce site (augmentation des ressources trophiques, ouverture du milieu).

 

En définitive, les mesures à prendre pour favoriser les oiseaux côtiers consistent en premier lieu à réduire l’effet des facteurs défavorables intervenant sur les bassins versants et le littoral lui-même.

 

 

Mesures favorables

Limicoles

côtiers

Bernache

cravant

Réduction du dérangement X X

Prévention des pollutions et amélioration

de la qualité de l’eau

X X

Entretien des prés-salés par broyage,

fauche et/ou pâturage

X X

 

 

 

 

Facteurs défavorables

Limicoles

côtiers

Bernache

cravant

Endigage et remblaiements de vasières et prés-salés X X
Dérangements sur les reposoirs de marée haute, et sur les sites d’alimentation. X X
Fréquentation touristique des sites de reproduction. X  
Développement de la navigation de plaisance et dérangement induit.   X
Pollution en provenance des bassins versants ou de la mer. X X
Nettoyage de plages et laisses de mer au printemps sur les sites de reproduction X  
Destruction d’herbiers de zostères par la pêche à pied de certains coquillages.   X
Démoustication (prés-salés). X  
Développement des cultures marines.   X

 

 

 

rédaction : Bertrand Trolliet

 

 

 

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