Les milieux agricoles ouverts

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Le milieu agricole ouvert, qui se définit par opposition au milieu fermé du bocage, occupe avec ce dernier 53,3 % du paysage français. Les céréales et les herbages occupent chacun 37 % de la surface agricole utile (statistiques AGRESTE). Depuis 1992, la SAU a régressé de 2,7 % au détriment des surfaces toujours en herbe mais aussi des terres arables. Le poids du secteur agro-alimentaire dans l’économie nationale est de 4,5 % avec environ 1,1 million d’actifs. La France est le premier pays européen en termes de productions agricoles.

 

 

Sommaire

 

Un milieu ordinaire à vocation de production

Biotopes

Micro-habitats

Peuplement animal
Statut des espèces

Impact de l’exploitation et de gestion du milieu sur certaines espèces de faune sauvage

 

 

Un milieu ordinaire à vocation de production


La plaine agricole ouverte est donc un milieu de nature ordinaire - dite « banale » - par excellence avec une composante socio-économique forte. Comparativement à d’autres types d’habitats, le milieu cultivé n’a reçu jusque récemment qu’une attention modérée de la part des biologistes. Peut-être parce qu’il est anthropique (c’est la main de l’Homme qui l’a façonné depuis l’avènement de l’agriculture et de l’élevage au néolithique) mais surtout parce que la mission qui lui est dévolue est la production de denrées alimentaires pour l’Homme et son bétail et non pas la conservation de la flore et de la faune sauvages. Toutefois des aspects environnementaux peuvent entrer en ligne de compte dans la définition de la Politique Agricole Commune européenne.

 

 

Biotopes


Bien qu’espace « banal » le milieu agricole ouvert n’en est pas moins un milieu riche et attrayant. C’est tout d’abord un milieu varié puisqu’on le rencontre sous différents faciès caractérisés par une typologie propre modelée par le mode d’exploitation agricole :


Le milieu cultivé

  • L’openfield est une formation ancienne puisqu’elle est apparue en France vers le IXème siècle. Elle est caractérisée par son horizon ouvert de plaines et de plateaux de champs nus. Cette sensation d’horizons lointains s’est accentuée avec les remembrements opérés pour faciliter de travail mécanisé. Les régions les plus typiques sont la Beauce et la Champagne berrichonne et crayeuse, mais ce paysage se rencontre à des degrés divers sur quasiment l’ensemble du territoire. L’openfield est le milieu cultivé par excellence, les principales cultures de production sont les céréales à paille, le maïs, le tournesol, les betteraves, le colza etc. Il est caractérisé par un habitat regroupé.
  • On observe des faciès intermédiaires entre l’openfield d’une part et le bocage ou la forêt d’autre part qui résultent de la dégradation de ceux-ci et offrent des paysages de plaine plus ou moins fermée, ponctuée de bois ou de boqueteaux ou avec un réseau lâche de haies. Des prairies associées à de l’élevage côtoient à des degrés diverses les cultures.

Les prairies

  • Les prairies de fauche se rencontrent dans de très nombreuses régions en France, depuis la plaine jusqu’en altitude, à plus de 2000 m. Les sols à humidité plus ou moins temporaire vont caractériser les prairies inondables, généralement rencontrées le long des cours d’eau (val de Saône, basses vallées angevines, val de Loire, …) et les prairies humides le plus souvent situées en périphérie des marais (marais du Cotentin et du Bessin). Dans des conditions écologiques plus sèches (mésophilie), on distinguera alors les prairies de fauches de basse altitude des prairies de fauche de montagne. Ces prairies sont soit naturelles et permanentes, soit temporaires, c’est-à-dire ensemencées régulièrement (particulièrement à basse ou moyenne altitudes et dans des conditions écologiques mésophiles). Les prairies de fauche encore favorables pour l’avifaune prairiale se localisent surtout dans les plaines inondables et en altitude (au-dessus de 1000 m), là où les conditions écologiques (inondation, humidité, altitude) imposent une contrainte pour la gestion agricole, notamment des fauches plus tardives. Aux altitudes intermédiaires, l’état de conservation des prairies est souvent défavorable aux oiseaux prairiaux, du fait de l’altération de l’habitat par des pratiques agricoles modernisées (fertilisation, fenaison précoce et rapide). L’Observatoire national de l’écosystème « prairie de fauche », mis en place en 2001, a pour objectif de suivre les évolutions de cet écosystème.
  • Les prairies pâturées peuvent être permanentes ou temporaires et suivent la même typologie selon l’altitude et le degré d’hydromorphie des sols.

Les pelouses sèches


Les sols perméables et maigres des coteaux ensoleillés, et plus rarement des terrasses alluviales graveleuses vont favoriser le développement des pelouses steppiques et des pelouses sèches, qui se distinguent des prairies par leur plus faible productivité herbagère. Ces pelouses sont le plus souvent pâturées de manière extensive. Compte-tenu du plus faible couvert herbacé, le nombre d’oiseaux qui les fréquentent est plus restreint et seuls les oiseaux à exigences spécifiques fréquenteront ces milieux.


Par ailleurs les caractéristiques pédologiques, climatiques et topologiques régionales ajoutent un degré supplémentaire à cette diversité paysagère en influençant le mode d’occupation des sols.

 

 

Micro-habitats


Ce paysage agricole ouvert apparaît être composé de micro-habitats lorsqu’il est observé à plus petite échelle :

 - les parcelles cultivées (plus rarement herbagères) de surface et de forme variables : petites à proximité des hameaux, elles peuvent atteindre plusieurs dizaines d’hectares d’un seul tenant au milieu de la « plaine »,

 - les éléments linéaires tels que les bandes herbeuses ou les chemins, les haies, les talus, dans certains cas un cours d’eau, sans oublier les bordures de parcelles qui sont l’élément de lisière le plus abondant en plaine de grande culture,

 - les éléments plus « circulaires » tels que les bois, les bosquets ou les buissons,

 - les implantations humaines souvent associées à des hangars, des petits bouts de haies ou de petits buissons, éventuellement des petits points d’eau,
chacun ayant ses propriétés propres en termes de caractéristiques et de fonctionnement écologiques.
Ces micro-habitats sont autant de niches écologiques utilisées comme sites de reproduction, sites d’élevage des jeunes, zones d’alimentation, de quiétude ou de refuge dépendant des espèces et de leurs exigences écologiques. A ce titre, ils constituent autant d’éléments à prendre en considération lors de la gestion du milieu.

 

 

Peuplement animal

 

La plaine cultivée abrite une diversité de faune et de flore sauvages. La faune comprend 1) les espèces inféodées au milieu « steppique », 2) celles caractéristiques des haies ou des lisières, auxquelles s’ajoutent 3) des espèces relativement plastiques quant aux habitats occupés.

  • Les espèces gibier typiques du milieu cultivé ouvert sont le lièvre d’Europe, la perdrix grise, la caille des blés et l’alouette des champs. L’outarde canepetière, l’oedicnème criard, le busard Saint-Martin, le busard cendré et le hamster d’Europe sont des espèces emblématiques protégées. Le bruant proyer, le tarier pâtre ainsi que plus récemment la fauvette grisette et la bergeronnette printanière sont d’autres espèces typiques du milieu ouvert cultivé.
  • La présence de haies plus ou moins arborées, de bosquets et de lisières forestières enrichit le cortège d’espèces steppiques d’espèces soit liées à ces micro-habitats particuliers soit généralistes quant à l’habitat occupé : faisan commun, perdrix rouge, alouette lulu, hypolaïs polyglotte, fauvette grisette, pigeon ramier, tourterelle des bois, bruant jaune, linotte mélodieuse, chardonneret, merle noir, le tarier pâtre, pie-grièche écorcheur, rapaces diurnes comme les milans, la buse variable, l’épervier d’Europe et le faucon crécerelle ou nocturnes comme la chevêche, sans oublier les corvidés dont la corneille noire et la pie bavarde. La présence de points d’eau ponctuels peut attirer des espèces de milieux humides.
  • La plaine cultivée héberge également des espèces migratrices lors de haltes migratoires ou en hivernage (grues, oies cendrées, pigeons ramier, grives, alouettes des champs, pipits farlouse, vanneaux huppés et pluviers dorés).

Cette biodiversité aviaire ne doit pas faire oublier la présence des insectes - en particulier les orthoptères, des micro-mammifères (mulots, campagnols), des petits et moyens carnivores (renards, mustélidés) ainsi que les ongulés qui fréquentent tous également la plaine - dont le chevreuil devenant depuis une vingtaine d’années hôte permanent.

 

Les milieux prairiaux abritent des espèces d’oiseaux de milieu ouvert ubiquistes déjà citées (par exemple l’alouette des champs, la caille des blés et le bruant proyer), auxquelles s’ajoutent des espèces telles que le bruant des roseaux, le târier des prés, la bergeronnette printanière, le courlis cendré sans oublier l’emblématique râle des genêts. Le maintien des prairies de fauche constitue un enjeu important pour l’avifaune. Les prairies pâturées sont un habitat essentiel pour les espèces migratrices (bécasse, vanneau, grives) lors des haltes migratoires et pour l’hivernage.


Les pelouses sèches abritent entre autres espèces l’alouette lulu, des bruants, la pie grièche écorcheur en présence de ligneux, l’oedicnème criard,...

 

 

Statut des espèces


Les hôtes des milieux ouverts présentent des statuts de conservation avec différents niveaux de vulnérabilité en fonction de la taille de la population et de la tendance d’évolution. Le statut des espèces en France tient compte de l’état de conservation à l’échelle de leur aire de répartition et situe l’importance de la population française dans ce contexte global (se reporter aux travaux de la SEOF/LPO et de Birdlife international).

Les plaines cultivées abritent des espèces qui ont très largement régressé tant en Europe qu’en France et dont on ne connaît plus en France que quelques noyaux isolés. Ces espèces sont devenues emblématiques, elles sont protégées et bénéficient le plus souvent de mesures spécifiques de conservation (cas de l’outarde canepetière et du programme LIFE). A côté de ces cas « urgents », on trouve des espèces qui sont (encore) communes de par leur aire de distribution et leur taille estimée de population mais dont la tendance globale est au déclin. Bien que communes, ces espèces méritent néanmoins de l’attention pour éviter que leur statut ne s’aggrave. Dans le cas d’espèces classées comme vulnérables à l’échelle de l’Europe, l’enjeu à l’échelle de la France se définit selon :

  • 1/ la taille de la population française par rapport à la taille de la population européenne. En effet, selon lesespèces, la France peut accueillir la population la plus nombreuse (perdrix grise), une forte proportion
    (busard Saint-Martin) ou une fraction relativement modérée (alouette des champs).
  • 2/ le statut en France. En effet, des espèces déclinant à l’échelle de l’Europe sont également en déclin en France (perdrix grise, alouette des champs) ou au contraire stable voire en expansion (busard Saint-Martin).

Le croisement de ces deux critères peut définir l’intérêt, en termes de priorité de conservation et non d’intérêt intrinsèque, d’une espèce et de son habitat en France et de là des enjeux. Le même raisonnement peut être appliqué pour définir des enjeux à l’échelle régionale.
La plaine cultivée est donc un milieu important pour la conservation de certaines espèces de faune, encore communes ou ayant fortement régressé, et qui constituent une part substantielle de notre patrimoine naturel.

 

L’écosystème « prairie de fauche » constitue un enjeu important pour la faune. Il abrite notamment le râle des genêts, espèce ayant largement décliné en Europe de l’Ouest, notamment en France, et qui ne persiste plus que sous forme de noyaux isolés avec des niveaux de population très bas. Le milieu prairial pâturé peut être important en période internuptiale (marais de l’ouest).

 

 

Impact de l’exploitation et de gestion du milieu sur certaines espèces de faune sauvage


Modification de l’habitat et des pratiques agricoles comme facteur de déclin de nombreuses espèces
Le milieu agricole ouvert a été le théâtre discret du déclin (tant en abondance qu’en aire de répartition) d’un grand nombre d’espèces. L’outarde canepetière, la perdrix grise et le râle des genêts en sont peut-être les exemples les plus significatifs. La principale cause est la modification de l’habitat.

En plaine cultivée, les remembrements ont conduit à l’augmentation de la taille des parcelles et à la disparition d’éléments fixes (bandes incultes, chemins, bosquets). Les performances du machinisme, la précocité des variétés culturales et l’utilisation des produits phytosanitaires ont révolutionné les pratiques agricoles. Le paysage cultural a été bouleversé par la spécialisation agricole qui a conduit à la monoculture et à la simplification des rotations culturales. Cette nouvelle donne a eu un impact lourd sur la faune de plaine : 1) réduction de la capacité d’accueil (les exigences en termes d’habitat pour la reproduction ou l’hivernage ne sont plus satisfaites), 2) altération de la dynamique de population (survie, productivité) attribuée à une raréfaction des ressources alimentaires (insectes, plantes adventices et grains récoltés) et une augmentation des pertes dues au machinisme. Les espèces ont été, et sont toujours, plus ou moins touchées selon leur mode d’utilisation des couverts (oiseaux nichant au sol, dans les buissons ou dans les arbres, couverts choisis), leur cycle de reproduction (durée de la reproduction, nombre d’épisodes de reproduction dans une saison), leur mobilité et leur régime alimentaire aux stades adulte et jeune.

Dans d’autres régions, en particulier en moyenne montagne, l’évolution de l’habitat ouvert vers un habitat semi-fermé (friches arbustives) puis fermé (forêt) suite à la déprise agricole s’accompagne de la régression puis de la disparition des espèces de milieux ouverts, au profit des espèces plus forestières et ubiquistes.

Le retournement d’une grande surface de prairies en France depuis plusieurs décennies, au profit des terres arables ou des peupleraies, a conduit à la régression ou à la disparition de la faune typique du milieu prairial. Les prairies de fauche encore en place ont subi la modernisation des pratiques agricoles, particulièrement en l’absence de contraintes écologiques que sont l’humidité et l’altitude. La fertilisation est souvent à l’origine d’un avancement de la fenaison, et le matériel moderne permet une fenaison de plus en plus rapide, ne laissant plus aucune chance aux oiseaux prairiaux

 

facteurs de nature agricole

mis en évidence par les études comme défavorables

( se reporter aux fiches pour plus de précisions )

Espèces  Habitat   Pratiques agricoles  Autre
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Hamster d’Europe x x x x x x x x x x x x
Lièvre d’Europe     x   x       x      
Perdrix grise x x x x x x x x x x x  
Caille des blés x x x x x x x x x      
Alouette des champs x x x x x x x x x x x  
Outarde canepetière x x x x x x   x     x  
Râle des genêts x         x            
Vanneau Huppé x         x x          

 

(1) disparition et/ou fragmentation d’habitat

(2) changement des types culturaux

(3) monoculture

(4) rareté des couverts

(5) augmentation de la taille des parcelles

(6) précocité des récoltes et/ou de la fenaison

(7) irrigation

(8) utilisation de produits phytosanitaires

(9) travail du sol

(10) augmentation des interventions agricoles

(11) plantation de haies

(12) campagnes rodendicides

 

Quel avenir pour la faune en milieu ordinaire ?
La surproduction et l’état critique de l’environnement (notamment la qualité de l’eau, le statut de la faune) ont été à l’origine d’un intérêt relativement récent pour la plaine cultivée. Le statut d’habitats remarquables comme les prairies humides, qui ont régressé comme peau de chagrin, a également atteint un état critique. Les politiques publiques mises en place sous l’impulsion de l’Europe tentent maintenant de sensibiliser les gestionnaires et proposent des contrats susceptibles de favoriser certaines espèces de faune sauvage (mesures agri-environnementales) ou définissent des zones d’intérêt particulier à préserver (ZICO, Natura 2000, etc).


Préconisations techniques pour un plan d’action
Les trois grandes lignes d’un plan d’action « milieu agricole » sont 1) la préservation des habitats favorables (milieu cultivé ouvert en moyenne montagne, maintien des prairies humides), 2) le maintien d’un milieu relativement diversifié en plaine cultivée, avec des mesures plus ou moins spécifiques selon les espèces et 3) la mise en œuvre de pratiques agricoles qui soient compatibles avec la faune sauvage, notamment en ce qui concerne les dates et les modalités de récolte ou de fauche, du travail du sol ainsi que l’utilisation raisonnée de l’irrigation et des produits phytosanitaires.


L’impact de ces mesures doit être suivi sur le terrain pour les adapter au mieux, étant entendu que l’obligation de moyens ne préjuge en rien des résultats : le vivant ne se répare pas facilement. Il faut distinguer d’une part les mesures de nature agricole et d’autre part les mesures d’ordre cynégétique (certaines peuvent profiter à des espèces non gibier) car les contraintes socio-économiques, les acteurs et les surfaces concernées ne sont pas les mêmes. Les mesures telles qu’elles existent aujourd’hui apparaissent être du « saupoudrage » et l’impact sur la faune à grande échelle n’est pas criant même si localement des effets positifs ont été mis en évidence. Il est possible - et même probable - que les effets sur la faune répondent à un niveau seuil d’aménagement. La faune gagnerait donc probablement à ce que les incitations soient plus vigoureuses et que les adaptations proposées se transforment en une réforme de l’utilisation de la nature. Ce qui reviendrait à mettre en place un véritable plan d’action à l’échelle nationale.

 

Mesures de gestion susceptibles d’être favorables à la faune vivant en milieu agricole ouvert (tableau à télécharger)

La gestion de l’habitat est un exercice complexe. Le tableau ci-dessous présente des pistes de gestion des territoires que les résultats d’études suggèrent être favorables à certaines espèces de faune sauvage. Ne sont présentés sous forme lapidaire que les principes, se reporter aux fiches pour voir les (combinaisons de) mesures spécifiques pour chacune des espèces citées dans le tableau. Les cases blanches correspondent soit à l’absence d’effet soit à l’absence d’études/données sur le sujet. Certaines questions tels que les seuils d’aménagement ou la répartition spatiale restent encore ouvertes et font l’objet d’études.

 

 

rédaction et mise à jour : Elisabeth BRO


Avec la contribution de J.-M. Boutin, Y. Ferrand, L. Curtet , P. Migot , F. Reitz, S. Marchandeau et M.-C. Wencel

 

 

 

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