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Restitution de l’expertise collective sur le devenir de la population ...

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Restitution de l’expertise collective sur le devenir de la population de loups en France

A la demande des ministres Ségolène Royal et Barbara Pompili, le MNHN et l’ONCFS ont copiloté une expertise scientifique collective sur le devenir de la population de loups en France. Fruit des travaux d’un panel de scientifiques internationaux présidé par Yvon Le Maho, le rapport d’expertise a été présenté le 24 mars à Barbara Pompili et aux parties prenantes. Il s’inscrit dans une démarche de prospective plus globale, qui rassemble les acteurs concernés dans des groupes de travail thématiques, et en complément d’une seconde expertise scientifique qui s’intéresse aux aspects sociologiques de cette question.

 

Résumé exécutif de l’expertise biologique collective ONCFS-MNHN
(par l’équipe Loup-Lynx, ONCFS)


Le ministère de l’Environnement a commandé au MNHN et à l’ONCFS une analyse des conditions de viabilité à long terme de la population de loups en France et des possibilités de prédiction de l’évolution de ses effectifs. Cette expertise a été réalisée par un panel de scientifiques reconnus en biologie de la conservation et biostatistique. Les principales conclusions de leur rapport peuvent être résumées en 10 points.

1. Deux notions de viabilité coexistent, essentiellement différentes par l’échelle de temps biologique considérée. La viabilité démographique concerne l’aptitude de la population, à moyen terme (100 ans), à résister au risque d’extinction par aléas de survie et de fécondité d’autant plus forts que les effectifs sont restreints. La viabilité génétique concerne la capacité de préserver suffisamment de possibilités génétiques d’adaptation à des conditions d’environnement changeantes à l’échelle des temps évolutifs.

2. La viabilité d’une population étant évidemment influencée par sa tendance numérique, le premier résultat obtenu mesure la forte corrélation entre taux de croissance des populations de loups et mortalité totale, toutes causes confondues. Au-delà d’une valeur seuil moyenne de 34%, le modèle utilisé prédit une décroissance des effectifs.

3. Les effectifs de loups en France semblent stabilisés depuis 2014. Selon le modèle de croissance ajusté aux données de terrain, ces effectifs varient en moyenne et par an : de 5% avec un modèle à croissance freinée, à 12% sous l’hypothèse d’une croissance exponentielle. On ne peut, pour l’instant, distinguer sur le plan statistique lequel de ces deux modèles décrit le mieux l’évolution observée des effectifs.

4. Si on simule néanmoins cette évolution jusqu’à l’horizon 2030, quelque soit le modèle de croissance utilisé, on note une incertitude tellement forte sur le résultat obtenu que ce dernier s’avère inutile pour toute forme de planification de la décision publique.

5. Or le nombre minimum de loups à préserver pour que la population soit exposée à moins de 10% de risques de disparaître à l’horizon de 100 ans (viabilité démographique) dépend beaucoup de la croissance. A titre d’exemple cet effectif minimum est 10 fois plus important dans le cas d’une population stable que si elle augmente d’en moyenne 12% par an. Dans tous les cas, l’état actuel de la population en France (effectifs et croissance) semble garantir cette viabilité démographique.

6. La notion de viabilité à très long terme peut se résumer à la préservation d’un nombre suffisant d’animaux dits génétiquement efficaces. Une revue de la littérature scientifique internationale le situe aux environs de 2500 individus sexuellement mâtures (donc une population totale encore plus grande).

7. La question de l’échelle géographique à laquelle ces effectifs doivent être considérés n’est pas complètement résolue. Une lecture rigoureuse, et donc prudente, du cadre légal européen actuel conduirait à retenir la dimension nationale, ce à quoi l’expertise s’est volontairement cantonnée. Une autre lecture (LCIE 2008), hors cadre de l’expertise, plus à l’interface entre biologie et juridique, préconiserait une échelle transfrontalière sous condition d’un plan de conservation élaboré entre pays voisins.

8. Outre l’échelle géographique, l’échelle temporelle des objectifs politiques de ce plan devrait être structurée en tenant compte des phénomènes biologiques considérés (viabilité à moyen et long terme), mais aussi de la nécessité de traiter à plus court terme opérationnel les questions liées à la coexistence du loup et de l’élevage.

9. Par exemple, à court terme (annuel ou pluriannuel), l’objectif pourrait être de diminuer les dommages aux troupeaux sur les foyers d’attaques (moyens de protection, tirs dérogatoires), sans que la population de loup ne soit en décroissance ; à moyen terme, l’objectif pourrait être de mieux comprendre l’effet des actions de prélèvements dérogatoires sur la démographie et l’éthologie du loup, tout en maintenant une mortalité totale inférieure au seuil de 34%. A long terme, l’objectif pourrait être d’atteindre la viabilité génétique, tout en précisant entre temps l’échelle géographique la mieux adaptée (géographie biologique versus juridique).

10. Les stratégies mobilisées peuvent être structurées dans un schéma de gestion adaptative : l’Etat et les porteurs d’enjeux représentants de la société définissent ensemble les objectifs et démarches nécessaires pour les atteindre ; au fur et à mesure que des actions sont intentées, le suivi de leurs effets réels sur le terrain est comparé aux effets qu’on en attendait. Le fait d’agir sur le système apporte ainsi de nouvelles connaissances sur son fonctionnement : on peut ensuite sélectionner de nouvelles actions mieux adaptées.
 

Le rapport complet de l’expertise collective sur le devenir de la population de loups en France est téléchargeable ci-dessous :

Rapport d’expertise Loup (PDF)

Démarche d'évaluation prospective à l'horizon 2025/2030 et viabilité à long terme

 

Yvon Le Maho et Eric Marboutin lors de la présentation du rapport d'expertise le 24 mars 2017

Yvon Le Maho et Eric Marboutin lors de la présentation du rapport d’expertise le 24 mars 2017