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Tuberculose bovine : quel rôle joue la faune sauvage ?

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Alors que la France était parvenue à sa quasi-éradication au début des années 2000, on assiste depuis quelques années, d’une part à une recrudescence de la tuberculose bovine dans les cheptels bovins de plusieurs départements (Côte d’Or, Dordogne, Pyrénées-Atlantiques…) et, d’autre part, à la découverte de cas ou de foyers dans la faune sauvage.
cerf La maladie a été découverte pour la première fois chez des animaux sauvages en France, en 2001, sur des cerfs tués à la chasse en forêt de Brotonne (Seine-Maritime).
La surveillance épidémiologique de ce foyer, confiée par le ministère de l’Agriculture à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), montre que la stratégie de lutte fondée sur l’abattage total de la population de cerfs considérée comme le réservoir primaire d’infection semble être efficace puisque cette forêt était quasiment assainie en 2011.

Des liens épidémiologiques entre animaux domestiques et faune sauvage

Mycobacterium bovis, agent de la maladie, a ensuite été isolé à partir de 2003 sur des cerfs et des sangliers en Cote d’Or, en Corse, dans les Pyrénées-Atlantiques et en Ariège.
Beaucoup plus récemment, des blaireaux tuberculeux ont été trouvés en Côte d’Or en 2009, puis en Dordogne et en Charente, en 2010.
Ces animaux sauvages tuberculeux ont pour l’instant toujours été trouvés dans des zones d’infection bovine. Ils étaient porteurs de souches de M. bovis strictement identiques à celles isolées dans les cheptels bovins atteints.
Cela confirme que des liens épidémiologiques existent entre les animaux domestiques et sauvages. La découverte récente de blaireaux tuberculeux, connus dans les îles britanniques pour être capables d’entretenir l’infection, complique la situation en Côte d’Or et en Dordogne.
Il est admis, comme cela a été le cas pour tous les foyers décrits dans le monde, qu’au départ, la contamination de la faune sauvage est bien d’origine bovine et que l’assainissement des cheptels bovins est primordiale. Toutefois, aujourd’hui, la question est de savoir comment éviter à tout prix l’installation de réservoirs sauvages qui pourraient s’avérer incontrôlables.

Prévenir le développement de la maladie

Dans tous les cas, la réduction des densités d’animaux sauvages sensibles dans les zones d’infection contribue à la prévention du développement de la maladie et des risques de re-contamination des bovins. Elle a été entreprise tant pour les cerfs et sangliers que pour les blaireaux grâce à la participation des fédérations départementales des chasseurs et des associations de piégeurs des départements concernés.
A noter que la stratégie d’abattage total d’une espèce appliquée en forêt de Brotonne ne peut être envisagée que dans le contexte très particulier de cette forêt qui est épidémiologiquement bien individualisée.
Dans les pays où la maladie semble incontrôlable, la vaccination des animaux sauvages est un outil potentiellement utile, comme c’est le cas pour le blaireau dans les îles britanniques mais, à ce jour, aucun vaccin administrable par voie orale n’est disponible et ne le sera avant plusieurs années.

Avancer dans la connaissance de l’épidémiologie

Il faut par ailleurs avancer dans la connaissance de l’épidémiologie de la tuberculose des animaux sauvages. Dans ce but, un programme de recherche a été entrepris l’an dernier par l’ONCFS, en Côte d’Or, dans le cadre d’un cofinancement MAAPRAT, Région Bourgogne, Conseil général de la Côte d’Or, GDS de la Côte d’Or, Fédération nationale des chasseurs, Fédération départementale des chasseurs de la Côte d’Or, et d’un partenariat scientifique avec l’Anses, l’Université de Bourgogne, le Laboratoire d’analyses vétérinaires de la Côte d’Or, les écoles vétérinaires de Maisons-Alfort et de Lyon, et l’INRA.
Il a pour but de caractériser les interactions entre animaux sauvages et bovins (grâce à la pose de colliers GPS sur des sangliers et blaireaux et à de la vidéosurveillance) et d’évaluer plus précisément les densités d’animaux sauvages, en particulier de blaireau, et le niveau de contamination de l’environnement par M. bovis. A noter qu’une étude reprenant certaines de ces actions est également entreprise en Dordogne. L’objectif final sera de pouvoir adapter les mesures de prévention et de lutte nécessaires à la maîtrise des risques tant dans les élevages que dans la faune sauvage.

 

 

article de l’Unité sanitaire de la faune (USF) extrait du Rapport scientifique 2009 de l’ONCFS