Réintroduction de la gélinotte des bois dans les Pyrénées ...

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Gélinotte des bois - Photo Jean Guillet
Lâcher d’une gélinotte équipée d’un émetteur - Photo Emmanuel Ménoni
Habitat Gélinotte des bois - Photo Emmanuel Ménoni
Habitat Gélinotte des bois - Photo Emmanuel Ménoni

Première translocation de Gélinotte des bois
des Alpes françaises dans les Pyrénées espagnoles

par le Conseil général du val d’Aran, dans le cadre du

projet POCTEFA (France – Espagne – Andorre) GALLIPYR

 

L’une des actions du projet GALLIPYR, programme INTERREG dont l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage est partenaire, consiste à effectuer un test de la faisabilité de la réintroduction de la gélinotte des bois dans le val d’Aran.

Cette action émane d’un souhait fort du Conseil Général du Val d’Aran (CGA) (également partenaire du projet GALLIPYR).

Cette action fait partie d’un panel de 17 actions du programme GALLIPYR (les 16 autres actions concernent le grand tétras, la perdrix grise de montagne et le lagopède alpin). 

La gélinotte des bois est un petit tétraonidé forestier revêtu d’une forte valeur patrimoniale, qui a finit de disparaître des Pyrénées courant XX° siècle, des suites des grandes déforestations des 3 siècles précédents, dont elle ne s’est pas relevée.

Gélinotte des bois

 

Les populations françaises de gélinotte

La gélinotte est présente dans l’est de la France de la frontière Belge aux Alpes du sud. Les populations de cet oiseau sont faibles ou en déclin dans les Ardennes et les Vosges, stables et de bon niveau dans le Jura et sans doute les Alpes du nord, prospères et même en expansion dans les Alpes du sud. (O.G.M. 2011). Elle est également bien présente dans l’ensemble des pays de l’Arc alpin (Storch 2007).

 

habitat de gélinotte Il est évident que les habitats de cet oiseau se sont bien reconstitués au cours du XX° siècle, et sont bien présents à nouveau un peu partout sur la chaîne pyrénéenne. Une étude précise, menée par le Conseil Général d’Aran (CGA), il y a quelques années confirme bien cette bonne disponibilité en habitats dans le Val d’Aran. Donc, l’idée de la réintroduire dans cette partie des Pyrénées a été émise par le CGA.

Le projet de translocation de gélinottes

Le CGA, qui pensait il y a quelques années obtenir une aide d’une fondation espagnole de protection de la nature, s’était déjà tourné vers l’ONCFS pour obtenir un appui à ce projet, notamment la fourniture d’oiseaux.

L’Office avait alors tempéré les ardeurs du CGA du fait de la doctrine de l’ONCFS en matière de réintroduction : pas d’opposition aux réintroductions, dans la mesure où elles se font selon les critères proposés par l’IUCN. Mais en souhaitant toujours prioriser la conservation in situ des espèces en place, surtout dans la mesure où les moyens consacrés à la conservation des galliformes de montagne ne sont pas illimités. (L’ONCFS ne pouvait en aucun cas s’y opposer du fait qu’il s’agissait d’un projet émanant d’un pays étranger).

Lors du montage du projet GALLIPYR en 2008, le CGA a sollicité l’ONCFS comme l’un des partenaires les plus à même de l’aider à faire aboutir ce projet. Positionné comme partenaire de cette action, et du fait de cette position, l’Office a signifié au CGA que, s’il s’agissait de prélever des oiseaux sauvages, la France ne pouvait pas d’emblée promettre des quantités suffisantes de sujets pour mener ce projet à bien (c’est-à-dire de l’ordre d’un minimum d’une centaine), pour des raisons tant d’ordre logistique, que par égard aux éventuelles populations sources.

 

Par contre, l’ONCFS pouvait sans risque pour celles-ci fournir au maximum une dizaine d’oiseaux dans le cadre de GALLIPYR. Un test fut proposé à partir d’oiseaux sauvages, les réintroductions de tétraonidés à partir d’oiseaux d’élevage étant très problématiques et rarement couronnées de succès tandis que les translocations réussissent mieux. Mais, dans le cadre des 3 ans de GALLIPYR, l’opération ne pourrait pas dépasser le cadre d’un test préliminaire.

Le protocole de capture

Le Conseil Général du Val d’Aran a donc rédigé le protocole de cette phase de test de réintroduction en respectant les critères de l’UICN.
Les oiseaux sont repris dans un territoire d’étude de la gélinotte que suit l’ONCFS depuis de longues années dans la commune d’Auzet (massif des Monges, département des Alpes de Hautes Provence). La population de gélinotte de cette région y est prospère et en expansion. (thèse et publications de Montadert (Montadert 2005, Montadert and Léonard 2007))

 

 lâcher d'une gélinotte équipée d'une balise Les captures sont réalisées par une équipe mixte de techniciens espagnols et de Marc Montadert (biologiste indépendant travaillant avec l’ONCFS depuis longtemps) et Patrick léonard (ONCFS), qui connaissent très bien le territoire et les techniques de capture.

 

Rien n’aurait été possible sans une forte implication du maire d’Auzet et président de la Communauté des communes concernées, Roger Isoard, qui a procuré toutes les facilités à ce projet.
Afin de cadrer la collaboration Alpes-Pyrénées qui s’est mise en place dans le cadre de cette action, une convention de collaboration a été signée entre la Communauté de communes d’Auzet et le Conseil Général du Val d’Aran.

 

Pour l’instant 11 oiseaux ont été relâchés (5 poules et 6 coqs, tous adultes), sur la rive gauche de la Garonne, dans le Val d’Aran). Ainsi, l’engagement de l’ONCFS envers son partenaire espagnol a été rempli en un temps inférieur au temps imparti, ce qui constitue une vraie performance, sachant que la capture de gelinotte, comme de tous les autres tétraonidés, est extrêmement difficile.

Le transport s’est remarquablement passé (animaux en parfaite condition à l’arrivée), ce qui était une des inconnues de ce programme, de même que les lâchers (aucune perte immédiatement consécutive aux lâchers). Un oiseau a été pris par un rapace, sans doute un aigle royal. Cette perte, survenue près de 3 semaines après les lâchers, n’est sans doute pas une conséquence directe de la translocation, mais est plutôt à mettre sur le compte d’un oiseau qui ne connaît pas encore tous les dangers de son domaine vital. Les autres sont restés à proximité du site de lâcher, et se comportent normalement en termes de déplacement.

Le suivi des oiseaux

Habitat de la Gélinotte Tous les oiseaux sont naturellement radiopistés, puisque l’un des buts majeurs de ce test est d’appréhender la survie, la dispersion, et de valider la possibilité des habitats à assurer les fonctions vitales pour cette espèce. Le monitoring et suivi des oiseaux et de leur dispersion continuera après la fin de la mise en œuvre du projet GALLIPYR.
Aucune suite ne sera donnée par la France à ce projet sans une analyse détaillée des résultats de ce test.

A noter, qu’il y a eu des échanges entre les Ministères de l’Environnement des deux pays concernés et que la Commission de la Biodiversité espagnole a autorisé la mise en œuvre de cette action test, que la DREAL Midi-Pyrénées (cofinanceur du projet GALLIPYR) a été informé de la mise en œuvre et de l’état d’avancement de cette action, et que la DDT du département de provenance a aussi été associée à la conception du projet.

 

  • Montadert, M. 2005. Fonctionnement démographique et sélection de l’habitat d’une population en phase d’expansion géographique. Cas de la Gélinotte des bois dans les Alpes du sud, France., Université de Franche-Comté, Besançon.
  • Montadert, M., and P. Léonard. 2007. La gélinotte des bois dans les Alpes de Haute-Provence. Histoire d’une reconquête. Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage edition. Gap.
  • O.G.M. 2011. Vingt ans de suivi patrimonial. Bilan de la décénnie 2000-2009.
  • Storch, I. 2007. Grouse : Status Survey and Conservation Action Plan 2006-2010. IUCN, Gland, Switzerland and Cambridges, UK and World Pheasant Association, Fordingbridges, UK edition. IUCN, Gland, Switzerland and Cambridges, UK and World Pheasant Association, Fordingbridges, UK.
     

par Emmanuel Ménoni, ONCFS, le 10-10-2011