Le suivi du Faucon pèlerin : exemple dans le Lot

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Le département du Lot


Historique du suivi de l’espèce par l’ONCFS


Méthode


Résultats


Statut et évolution


Conclusion


Paramètres caractéristiques du Faucon pèlerin dans le Lot

 

 

LE DEPARTEMENT DU LOT

 

 

 Administrativement rattaché à la région Midi-Pyrénées, le département du LOT s’étend sur une superficie de 522.613 ha. Sa plus grande dimension est orientée Nord-Est - Sud-Ouest. Son centre se situe à peu près à égale distance de L’ATLANTIQUE, de la MEDITERRANEE et de l’axe des PYRENEES.

 

 Le département englobe la majeure partie du QUERCY et assure la transition entre le versant Sud-Ouest du MASSIF-CENTRAL et les régions de collines de la moyenne GARONNE ainsi que les plateaux du PERIGORD.

 

 Il est formé schématiquement par deux plateaux successifs s’inclinant vers l’océan ; le premier au Nord-Est du département, d’une altitude moyenne de 550 mètres ( point culminant 778 mètres) forme le SEGALA, le second plus vaste, dominé par un plateau de causse, d’une altitude moyenne de 300 à 350 mètres, n’est autre que le QUERCY.

 

 Ces deux plateaux sont entaillés d’Est en Ouest par deux rivières et leurs affluents de part et d’autre d’un axe central qui forme la ligne de partage des eaux ( voir carte).

 

· AU NORD LA DORDOGNE et ses principaux affluents : la Cère – la Bave – L’ouysse et L’alzou.

· AU SUD LE LOT et ses principaux affluents : le Célé – le Bournat - la Sagne – le Vers – la Thèze et L’andorre.

 

 

 

 Selon la nature des terrains traversés par ces cours d’eau, leurs méandres s’enfoncent principalement sur le plateau calcaire des causses dans de véritables canyons bordés de falaises abruptes.

 

 Cette situation géographique procure au département un climat varié. Les influences océaniques s’atténuent, alors que s’affirment selon les régions et les reliefs des tendances méditerranéennes ou montagnardes dues au voisinage de la chaîne du Plomb du Cantal.

 

 L’ensemble de ces conditions font du département du LOT, un biotope privilégié pour le Faucon pélerin, espèce rupestre qui trouve les falaises indispensables à sa nidification et une abondance de proies due à la variété et à la richesse du milieu.

 

 

HISTORIQUE DU SUIVI DE L’ESPECE PAR L’ONCFS

 

 A la fin des années 60 et durant la décennie 70, la population de Faucon pèlerin était en France dans une situation alarmante et l’espèce avait disparu de nombreux secteurs. Dans le nord de Midi-Pyrénées, seulement un petit noyau subsistait, réparti dans les départements de L’AVEYRON, du Tarn et Garonne, du TARN et du LOT (12 couples en 1978 dans le département du Lot).

 

 Le suivi de l’espèce pour le département du Lot était organisé et réalisé par l’association du fond régional d’intervention pour les rapaces dans l’Est de la France (F.R.I.R.E.F). Cette association était aidée financièrement par le fond d’intervention pour les rapaces (F.I.R). Le F.R.I.R.E.F, proche de certains fauconniers, a rapidement éveillé des soupçons auprès de quelques habitants de la vallée du Célé, désireux d’une réelle protection de l’espèce, alors que celle-ci ne cessait de décliner malgré l’absence totale de son espèce prédatrice naturelle le Hibou grand duc (Bubo bubo)

 

 Ainsi, le 24 mai 1980, au cours d’une table ronde organisée à l’initiative de la population locale de BRENGUES (46), où participaient quelques élus locaux, un représentant de l’Administration, du F.I.R et le Président de la fédération des chasseurs du Lot, il a été décidé de confier au service départemental de garderie du Lot, en partenariat avec Monsieur Vincent HEAULME, nouveau coordinateur local du F.I.R, le suivi de l’espèce.

 

 Cette nouvelle mission confiée aux agents du S.D.G du Lot ayant la connaissance du terrain et pouvant en assurer rapidement la couverture avait deux aspects :

 

a) une mission technique du suivi de l’espèce

b) une mission de police pour intervenir le cas échéant.

 


METHODE


 Chaque année sur l’ensemble du département, les sites connus antérieurement occupés sont visités et les secteurs favorables sont prospectés de Février à Avril afin d’y déceler d’éventuels couples ou individus seuls cantonnés. La recherche d’indices de présence de l’espèce tout au long de l’année (plumées de proies, fientes …) complète le suivi effectué en période de reproduction.

 

 Pour chaque site occupé par un couple, l’âge des oiseaux (adulte ou immature), le nombre de jeunes avant et à l’envol sont notés.

 

 

RESULTATS

 

 De 1980 à 2001, le nombre de sites occupés par un couple est passé de 14 à 50, soit une augmentation annuelle moyenne de 1,63 couple / an (tableau). Localement, les densités observées peuvent être importantes dépassant la plupart des valeurs calculées sur des échantillons comparables. Ex : 2 couples reproducteurs distants de 800 mètres avec au total 6 jeunes à l’envol durant la saison 2001. D’autres cas de nidifications comparables ont été observés durant la période étudiée.

 

 Les parades nuptiales ont lieu en février. Les pontes 2 à 4 œufs s’échelonnent du début mars au 25 du même mois. L’éclosion a lieu après 32 – 35 jours d’incubation effectuée par la femelle (3/4 du temps) et par le mâle (1/4 du temps). La période d’envol des jeunes se situe entre le 10 mai (2 mai en 1984) et le 10 juin. Le pic des envols se situe durant la dernière décade de mai.

 

 Il existe quelques couples formés par un mâle adulte et une femelle immature (oiseau âgé de 1 an). Il n’a jamais été observé de couple femelle adulte et mâle immature ou formé par deux oiseaux immatures.

 

 Dans les années 1987 – 1988 le nombre de couples mâle adulte femelle immature relativement élevé s’explique par le remplacement de femelles adultes cantonnées après leur disparition et par l’occupation de nouveaux sites. Cela coïncide également avec la réapparition du Hibou grand duc, espèce prédatrice qui recolonise depuis 1986 les sites après plus de 25 années d’absence.

 

 Le remplacement rapide des femelles adultes disparues par des femelles en plumage immaturetraduit la moindre attractivité de certains sites, voire un déficit en femelles adultes dans la population flottante.

 

 

STATUT et EVOLUTION

 

 Dans les années 1986 – 1987, en pleine expansion de la population lotoise, le département voisin de la DORDOGNE (24), a accueilli sur son territoire l’avant-garde d’une nouvelle population nicheuse qui, tout comme dans le LOT, recolonise son ancien territoire sur les sites du SARLADAIS et de la VEZERE, d’où elle avait disparue depuis 23 ans.

 

 Depuis l’année 2000, c’est le Hibou grand duc qui tout comme le Faucon pèlerin il y a 15 ans, s’achemine en direction du département de la DORDOGNE.

 

 A l’exception de 3 aires situées dans la région du SEGALA (Nord-Est du département bordant les départements de la Corrèze et du Cantal), les autres se trouvent sur la bordure du plateau du causse, dans les falaises calcaires dont la hauteur varie entre 30 et 80 mètres. Les emplacements choisis sont dans les 3/4 des cas des cavités, les autres aires sont situées sur des vires rocheuses ou dans un ancien nid de Grand corbeau.

 Actuellement les principaux sites dominants (grandes falaises) sont ou vont être occupés par le Hibou grand duc ce qui oblige le Faucon pèlerin à utiliser des falaises de remplacement plus petites, offrant moins de possibilités pour nicher et rendant la ponte ou la nichée plus accessible et vulnérable aux prédateurs (pillage humain, destruction par des mustélidés, etc.…). Le nombre de sites à Faucon pèlerin encore disponibles est évalué à une quinzaine sur l’ensemble du département.

 

  La concurrence que se livrent les deux espèces et la progression de la population de Hibou grand duc pourrait bien inverser la courbe de progression du Faucon pèlerin enregistrée depuis 1980.

 

 Des aménagements d’aires, des drainages de plates-formes humides par un apport de graviers fins, ont permis de fixer sur de nouveaux sites des couples et d’assurer ainsi la réussite de la nichée.

 

Avec de tels aménagements, depuis 4 ans, un couple se reproduit régulièrement sur une ancienne carrière désaffectée.

 

 L’abondance de proies disponibles en milieu urbain (Pigeons, Tourterelle turque…) attire de plus en plus le Faucon pèlerin. Les observations de l’espèce y sont de plus en plus courantes et les cas de nidification y seront plus nombreux (1er cas en 2001 dans le département du Tarn). Un premier cas a été constaté dans le Lot, sur une falaise urbaine.

 

 La production des couples dont la femelle a un plumage immature est très faible voire nulle. Parmi les 54 couples de ce type observés de 1980 à 2001, seulement 4 couples ont eu une ponte et 3 d’entre eux ont élevé au total 6 jeunes jusqu’à l’envol .

 

 Au cours de ces 22 années de suivi, la moyenne par couple cantonné est de 1,94 et celle par couple productif est de 2,65.

 

 La baisse de productivité par couple cantonné se superpose avec la progression de la population de Hibou grand duc qui pourrait dans le futur être une cause de régression du Faucon pèlerin.

 

 Les variations de jeunes par couple productif sont dues principalement aux raisons climatiques (printemps froid et humide), d’où mortalité de poussins dans les aires mal abritées et difficulté des adultes pour subvenir à leurs besoins alimentaires, à la disparition de jeunes par prédation (mustélidés, Hibou grand duc…) et par chute de l’aire, auxquels s’ajoutent au début des années 1980 quelques soupçons de prélèvements humains.

 

 

CONCLUSION

 

 Tout en démontrant la richesse du milieu lotois, ces résultats attestent de l’efficacité de la surveillance effectuée par l’ONCFS dès lors que tous les intervenants ont été d’accord sur l’objectif et se sont donnés les moyens pour l’atteindre. Cette action a sans doute joué un rôle important (unité de population source) pour la conservation régionale du Faucon pèlerin alors que ses effectifs étaient au plus bas, notamment du fait de la contamination de l’avifaune par les pesticides dans les régions de grandes cultures.

 

 PARAMETRES CARACTERISTIQUES DU FAUCON PELERIN 

 

DANS LE LOT DE 1980 A 2001

 71,2 % des couples cantonnés sont productifs

 95,9 % des couples pondeurs sont productifs

 Moyenne des jeunes à l’envol par couple cantonné : 1,94

 Moyenne des jeunes à l’envol par couple productif : 2,65

 Total des couples cantonnés : 692

 Total des couples pondeurs : 514

 Total des couples productifs : 493

 Total des jeunes à l’envol : 1321


 

Jean-Pierre BOUDET

Bernard GRANOUILLAC