Nidification de l’Hirondelle de rivage en berge ...

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Nidification de l’Hirondelle de rivage en berge bâtie

INTRODUCTION

 

L’Hirondelle de rivage (Riparia riparia) est une espèce à répartition holarctique. En France, elle est surtout répandue en Bretagne, dans les bassins de la Loire et de la Seine, la basse vallée de la Garonne, l’Alsace, la Champagne. Elle est rare dans la vallée du Rhône, le Languedoc-Roussillon et la Provence (Dubois et al. 2008). Son habitat de nidification correspond classiquement aux parois sablonneuses des berges de cours d’eau, falaises côtières, carrières de sable, exploitations de granulats, parfois dans les ornières et les dunes ou encore les talus routiers (Dubois et al. 2008, Duboc 1999).

 

En Midi-pyrénées, l’Hirondelle de rivage est localisée aux cours de la Garonne, de l’Adour, en continuité avec la région Aquitaine, et plus discrètement à ceux du Tarn, du Lot et de la Dordogne (Bousquet 1997).

 

Historiquement, elle trouvait des talus de sable sur les berges hautes des fleuves et rivières. Dans le bassin de la Garonne, ces falaises de sable se sont raréfiées vers 1975, du fait notamment de la modification du cours du fleuve par de nombreux enrochements. Toutefois, le développement des carrières d’extraction de graviers sur le lit majeur a offert à l’Hirondelle de rivage un habitat alternatif. Actuellement, la plupart des colonies sont établies en site artificiel : falaises de sable autour de bassins de gravières en cours d’exploitation ou même dépôts de sable non entourés d’eau (Bousquet 1997, Calvet en prép). En Aquitaine également, l’Hirondelle de rivage utilise les falaises bordant les cours d’eau ou les sites d’extraction de sables et graviers (Boutet et al. 1987).

 

La répartition départementale de l’espèce couvre aujourd’hui de nombreuses gravières en activité dans la plaine de la Garonne et du Tarn : Bourret, Escatalens, Castelmayran, Espalais, Pommevic, Nohic, Barry-d’Islemade. La population correspondante peut être estimée à environ 300 couples, chiffre comparable à celui avancé en 2002 avec au moins 200 couples (Calvet en prép.).

 

Dans la mesure où l’espèce est fortement liée à la présence de talus de sable pour sa nidification, l’observation d’une colonie installée dans un mur bâti en pierre méritait qu’on s’y attarde. C’est le cas que nous allons décrire ici.

 

OBSERVATION

 

Les observations que nous rapportons ici ont été effectuées à Lamagistère, commune du Tarn-et-Garonne située en limite de département avec le Lot-et-Garonne (et donc limitrophe de la région Aquitaine).

 

Le 28 avril 2010, ayant remarqué la présence d’Hirondelles de rivage volant au-dessus de la Garonne à Lamagistère et ne connaissant pas de colonie nicheuse à proximité immédiate, nous observons le manège des oiseaux et ne tardons pas à nous apercevoir qu’ils inspectent le mur du quai. Un comptage approximatif fait état d’une vingtaine de couples qui fréquentent les cavités de drainage et les interstices situés entre les pierres qui constituent le quai sur la Garonne de Lamagistère.

 

Le 23 mai 2010, nous revenons sur le site afin de vérifier que cette colonie d’hirondelles s’est bel et bien cantonnée sur ce site, et qu’il ne s’agissait pas d’une simple tentative d’installation. Les individus fréquentent toujours assidûment les cavités.

 

Le 13 juillet 2010, nous faisons le point sur les cavités utilisées. Ce jour-là, des petits groupes d’individus laissent penser que plusieurs nichées sont volantes, mais la distance ne nous permet pas de vérifier l’âge des individus par un examen de l’état du plumage.

 

Nous notons que les cavités occupées sont localisées en deux endroits. D’une part sur la partie amont du quai, et d’autre part sur la partie médiane du quai (voir figure 1). Les trous utilisés sont par ailleurs situés sur la partie haute (les cavités les plus basses étant sujettes à immersion lors des crues), et éloignés des extrémités des murs (donc plus inaccessibles). Nous comptabilisons au total 15 cavités fréquentées par les Hirondelles.

 

Figure 1 : Vue d’ensemble du quai de Lamagistère (82) et localisation des cavités utilisées

Vue d’ensemble du quai de Lamagistère (82) et localisation des cavités utilisées

Les trous fréquentés correspondent tous à des cavités de drainage. Dans la plupart des cas, de la végétation sort de ces cavités sans toutefois gêner l’accès pour les oiseaux. Il semble même que cette végétation permette le maintien du substrat (voir figure 2). 

 

Figure 2 : aperçu des cavités utilisées par l’Hirondelle de rivage à Lamagistère (82)

Aperçu des cavités utilisées par l’Hirondelle de rivage

 

Notons que les Hirondelles de rivage n’utilisent ici qu’une faible proportion des cavités disponibles (15 sur un total de plus de 150). Certaines ne sont toutefois pas favorables (trop de végétation, manque de substrat, situation inondable…) Néanmoins, la capacité d’accueil du site est bien supérieure à l’utilisation qui est faite.

 

DISCUSSION

 

Nous ne savons pas si le quai sur la Garonne de Lamagistère (achevé de construction en 1844) est utilisé depuis longtemps ou pas par les Hirondelles de rivage. Aucune observation passée ne nous est rapportée sur ce site. Néanmoins, des colonies nicheuses sont actuellement connues sur des gravières en exploitation proches, tant en Lot-et-Garonne (commune de Saint-Sixte) qu’en Tarn-et-Garonne (les plus proches se trouvant à Pommevic et Espalais). Dans les années 1980, l’Hirondelle de rivage était également identifiée comme nicheuse dans ce secteur (Boutet et al. 1987).

 

Les colonies sont en général réputées très mobiles d’une année à l’autre, notamment du fait de la dégradation par destruction ou envahissement par la végétation (par ex. Bousquet 1997, Boutet et al. 1987).

 

Il est permis de penser qu’un habitat de nidification de ce type puisse être particulièrement favorable à l’Hirondelle de rivage. En effet, les autres colonies sont installées presque systématiquement sur des talus frais de gravières en activité menacés de destruction par les travaux en cours.

 

En contrepartie, l’utilisation successive des mêmes cavités dans le cas de nidification en milieu bâti semble plus sujette au développement de maladies parasitaires. C’est ce qui est constaté sur des « murs à hirondelles » en béton percé de trous construits devant une butte de terre ou de sable développés aux Pays-Bas. Le succès a été important la première année, mais souvent suivi par une baisse les années suivantes, peut-être à cause de la quantité de parasites (Malher 2003). 

 

Si le cas de nidification en milieu bâti rapporté ici semble pour l’instant unique en Midi-Pyrénées, ce n’est pas le cas au niveau national ou européen.

 

En effet, Malher 2003 dresse une liste de nombreux cas de nidification en milieu artificiel. Il distingue les sites à texture meuble (tas de sable, poussiers, crassiers, cendres, tas de boues, tourbe, sciure, copeaux, résidus de pâte à papier), et les sites à surface externe solide mais percée de trous : tuyaux de drainage dans mur ou quai (Royaune-Uni, Québec, Suisse, Italie, Pologne, Allemagne, Portugal, Roumanie, Île-de-France, Normandie, Aquitaine, Nord-Pas-de-Calais, Picardie), trous d’aération de blockaus (Alsace), orifices de palplanches métalliques (Royaume-Uni, Île-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Normandie, Belgique), joints friables de murs (Allemagne, Belgique, Bretagne, Touraine). On peut y ajouter le cas décrit par Fasol 2007 à propos d’une colonie installée dans les joints en ciment meuble d’un château de l’Ardenne belge.

 

Malher 2003 précise que 20 cas sur support solide ont été signalés en France, presque tous au Nord de la Loire où l’espèce est plus répandue : Bretagne, Région parisienne, Champagne-Ardenne, Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Alsace, Bourgogne, ou encore Touraine et Gironde.

 

Il précise également que les colonies en sites « très artificiels » comptent en général peu de couples, comme c’est notre cas :

2 colonies de plus de 20 couples (plus 3 autres mentionnées « nombreuses »)

7 colonies de 11 à 20 couples

30 colonies de 1 à 10 couples (ou mentionnées « petites colonies »). 

 

Toujours d’après cet auteur, cela s’explique parfois par le nombre de trous disponibles, mais pas toujours. A Lamagistère, nous avons noté que de nombreuses cavités sont inoccupées par l’espèce. Les années à venir nous diront si la colonie sera amenée ou non à prospérer sur ce site.

 

 

Remerciements à Frédéric Malher pour sa relecture et aux collègues du Lot-et-Garonne pour les renseignements qu’ils m’ont apportés.

 

Références

BOUSQUET J.F. 1997 : Hirondelle de rivage Riparia riparia : 128-129 - in JOACHIM J., BOUSQUET J.F., FAURE C. 1997 : Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées, années 1985 à 1989. Association régionale ornithologique du Midi et des Pyrénées. Toulouse. 262 p.

BOUTET J.Y., PETIT P. 1987 : Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine. 1974-1984. Centre Régional Ornithologique Aquitaine Pyrénées. Bordeaux. 241 p.

CALVET A., en prép. : Liste commentée des oiseaux du Tarn-et-Garonne.

DUBOC P. 1999 : Hirondelle de rivage Riparia riparia : 422-423 - in ROCAMORA G., YEATMAN-BERTHELOT D. 1999 : Oiseaux menacés et à surveiller en France. Listes rouges et recherche de priorités. Populations. Tendances. Menaces. Conservation. SEOF / LPO. Paris. 560 p.

DUBOIS Ph. J., LE MARECHAL P., OLIOSO G., YESOU P. 2008 : Nouvel inventaire des oiseaux de France. Delachaux & Niestlé. 560p.

FASOL M. 2007 : Cas d’adaptation de l’Hirondelle de rivage (Riparia riparia). Une colonie s’installe dans une tour du chateau de La Roche-en-Ardenne, Aves 44 (1) : 13-25.

MALHER F. 2003 : Adaptation de l’hirondelle de rivage Riparia riparia à des sites « très artificiels », Alauda 7 (2) : 243-252.