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Programme de recherche sur la Perdrix bartavelle

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Programme de recherche sur la Perdrix bartavelle

 

bartavelle équipée d’un émetteur


Le programme de recherche "Perdrix bartavelle dans les Alpes", est financé par le Programme Opérationnel Interrégional du massif des Alpes (POIA) sur la période 2016-2018 (FEDER 2014-2020). 

 

Logos des programmes FEDER - POIA - FEDER

 

Celui-ci fait suite aux travaux menés par l’ONCFS sur cette espèce durant 4 ans (mai 2011-avril 2015) grâce à une subvention du Programme Opérationnel FEDER 2007-2013 "Compétitivité Régionale et Emploi".

 

 

Pourquoi cette étude ?

 

La perdrix bartavelle est dans les Alpes une espèce inféodée aux habitats agropastoraux d’altitude. Reconnue comme espèce d’intérêt patrimonial, elle est inscrite à l’annexe I de la Directive Oiseaux 79/409 (Bernard-Laurent 2012). Elle est classée dans la catégorie "quasi menacée" de la liste rouge des espèces menacées de France établie selon la méthodologie de l’UICN (Birdlife & Natureserve 2014) et a fait l’objet d’une récente évaluation de son statut et de sa tendance (MNHN 2014). Un déclin marqué de ses populations s’est amorcé dans les Alpes au milieu du XXème siècle, suite à l’accélération de la déprise agricole en zone de montagne (Bernard-Laurent et De Franceschi 1994, Griffin 2011) : la forêt a recolonisé naturellement les terres cultivables et pâturages abandonnés, ce qui a entraîné une régression marquée de son milieu de vie et des changements dans la communauté de prédateurs de cette espèce proie.
Outre la perte et la détérioration de ses habitats, la bartavelle dans les Alpes est aussi très sensible aux aléas climatiques en hiver et pendant l’élevage des poussins (Bernard Laurent et Léonard 2000). Elle est ainsi reconnue comme une espèce indicatrice des changements globaux en montagne, qu’il s’agisse de l’évolution de la continuité/fragmentation des habitats ou du changement climatique. Elle est considérée aussi comme une espèce "parapluie" pour d’autres espèces animales (Rippa et al. 2009) : le maintien, voire la restauration de milieux ouverts en altitude sont susceptibles de bénéficier à de nombreuses espèces de vertébrés (grands rapaces, lièvres, ongulés de montagne,…) mais aussi d’invertébrés.

La Bartavelle est également une espèce chassable dont les prélèvements en France sont limités dans le cadre de plans de chasse départementaux. Son statut de conservation "quasi-menacé" soulève la question des prélèvements admissibles par la chasse.
Or la dynamique des populations de bartavelle est très peu connue que ce soit sous l’angle des capacités de dispersion, des paramètres démographiques ou de l’influence des différents facteurs environnementaux sur la démographie. Si des suivis patrimoniaux sont menés dans différents pays de l’aire de répartition de l’espèce (Italie, Grèce, France) (Griffin 2011), en revanche aucun programme de recherche sur la dynamique de population n’avait encore été entrepris à ce jour. Le déficit de connaissances sur le fonctionnement des populations alpines de Bartavelle a incité l’ONCFS à débuter fin 2011 un programme de recherche dans les Alpes françaises, afin de pouvoir ajuster les modes de gestion pour cette espèce.

 

En quoi consiste-t-elle ?

 

Le programme de recherche se décline en 6 objectifs :

  1. acquérir des données fines de dynamique de population grâce à un suivi par télémétrie de perdrix : estimation de paramètres démographiques de survie et de reproduction aux stades adultes, œufs et poussins et détermination des causes de mortalité
  2. effectuer une surveillance sanitaire de la population
  3. comprendre le fonctionnement spatial par la caractérisation des capacités de dispersion
  4. étudier les interactions entre activités pastorales et perdrix bartavelles au cours de la période de reproduction (nidification et élevage des jeunes)
  5. caractériser finement les habitats pour leur conservation et/ou leur restauration
  6. communiquer les résultats

 

Le programme se déroule sur plusieurs massifs des Préalpes du Nord et des Alpes du Sud situés autour du massif du Dévoluy (Hautes-Alpes / Isère) qui est la "zone coeur" de l’étude. Il s’appuie sur le suivi télémétrique d’oiseaux capturés et équipés d’émetteurs VHF. Si la principale zone de capture des oiseaux est le massif du Dévoluy, quelques oiseaux ont aussi été marqués en 2016 et 2017 sur la montagne de Vachères dans le pays de Lus la croix haute (Drôme) et à l’adret d’Aspres-les-corps dans le Valgaudemar.

Le radiopistage des oiseaux, qui s’effectue à pied, permet de connaître l’état de l’oiseau (mort/vivant), son statut reproducteur et la cause de sa mortalité. Les déplacements sont étudiés grâce à des localisations régulières des oiseaux radio-équipés.

 

Où en sommes-nous ?

 

Depuis le début du programme, 150 bartavelles ont été équipées de colliers émetteurs et suivies par télémétrie jusqu’à leur mort ou jusqu’à la panne de l’émetteur.

Les résultats issus de l’étude démographique ont révélé plusieurs traits remarquables :

  • une faible survie des adultes et encore plus des jeunes ;
  • la double nidification d’une partie des femelles qui s’accompagne d’une proportion élevée de mâles couvant un nid. variabilité d’une année à l’autre ;
  • une réussite des nids plus élevée pour les femelles que pour les mâles ;
  • de fortes fluctuations interannuelles du succès de reproduction qui sont en relation avec les événements climatiques locaux.

L’étude des déplacements des bartavelles permet d’apporter des connaissances sur les processus de déplacement à différentes périodes de leur cycle annuel grâce. Nous pouvons ainsi quantifier la proportion relative d’oiseaux de type philopatrique ou de type dispersant et décrire le comportement de dispersion des jeunes et des adultes des deux sexes (phénologie et distance des trajets).
Concernant les oiseaux dispersants, les distances parcourues lors des mouvements migratoires varient entre 2 et plus de 33 km selon les oiseaux et les directions de ces mouvements sont imprévisibles. De fait l’enveloppe de l’aire occupée par les oiseaux capturés en Dévoluy couvre une superficie de plus de 1000 km2. Si l’échelle spatiale à laquelle évolue la population du Dévoluy est très étendue, l’étude montre cependant une importante fidélité saisonnière au site de reproduction et à la zone d’hivernage, quel que soit le sexe, ce qui permet d’envisager une gestion à l’échelle locale d’un massif.

Trois approches ont été retenues pour appréhender les interactions des activités pastorales avec la reproduction :

  1. l’étude de la fréquentation des environs de nids par les troupeaux, les animaux sauvages et les humains pendant la couvaison d’oiseaux, au moyen de pièges photographiques ;
  2. le suivi du rythme d’incubation d’oiseaux couveurs afin de détecter les effets éventuels de dérangements sur la réussite des pontes ;
  3. le suivi du circuit de pâturage de troupeaux d’ovins dans des alpages correspondant à des zones de reproduction de bartavelle.

L’analyse des données recueillies au moyen de ces 3 approches permet d’émettre l’hypothèse d’une adaptation comportementale des oiseaux couveurs à la présence des troupeaux. Les femelles ne "craignent" pas d’installer leurs nids entre les drailles fréquentées par les troupeaux. Les bartavelles cohabitent depuis fort longtemps avec les animaux domestiques ce qui pourrait avoir permis aux oiseaux de s’habituer et de s’ajuster à leur présence. Par ailleurs les nichées (= adulte + jeunes) à l’approche des troupeaux se déplacent pour s’en éloigner mais sans manifestation de stress (pas de comportement de fuite observé mais de l’évitement).

 

 

Références citées

 

Bernard-Laurent A. (2012) Perdrix bartavelle, Alectoris graeca (Meisner, 1804) Pp. 34-38 in Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 8 : Oiseaux. Vol. 3, Collection Cahiers d’habitats Natura 2000.

Bernard-Laurent A & De Franceschi P.F. (1994) Status, trends, and limiting factors of Rock Partridge (Alectoris graeca saxatilis) populations. Game and Wildlife Science,Vol. 11 (Hors série Tome 1) : 267-307.

Bernard-Laurent A. & Léonard Y. (2000) Vulnerability of an alpine population of rock partridge (Alectoris graeca saxatilis) to climatic events : evaluation with deterministic and stochastic models. Game and Wildlife Science, 17 (2) : 63-79.

Birdlife International & Natureserve (2014) Bird Species Distribution Maps of the World. 2012. Alectoris graeca. The IUCN Red list of thereatened species. Version 2014.3.

Griffin C. (Compiler) (2011) Population assessment for the Rock Partridge Alectoris graeca. Report by FACE for BirdLife International, under contract from the European Commission.
http://ec.europa.eu/environment/nature/conservation/wildbirds/action_plans/index_en.htm

Hafner F. (1994) Das Steinhuhn in Kärnten. Okologie, Verhalten und Lebensraum. Sonderheft 52 der Carinthia II, Naturwissenschaftlicher Verein für Kärntern, Klagenfurt,136 p.

MNHN (coord.) (2014) Résultats synthétiques de l’évaluation des statuts et tendances des espèces d’oiseaux sauvages en France, période 2008-2012. Rapportage article 12 Directive Oiseaux, 3p.

Rippa D., Caliendo M.F., Fusco L., Zaccara A.T., Valore M. & Fulgione D. (2009) Rock Partridge Alectoris graeca a good candidate for an umbrella species in rocky mountains in Italy. Avocetta, 33 : 211-216.