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Le lièvre d'Europe


 
Résumé

 
 
L'estimation du total national des prélèvements de lièvres d'Europe par la chasse au cours de la saison 1998-1999 s'élève à 918 000 individus (± 1,8%). Le tableau total national serait donc compris entre 901 000 et 935 000 lièvres.
Cette estimation représente une baisse de plus de 41 % par rapport à l'estimation effectuée pour la saison 1983-84 (1 565 000 individus ± 30 000). Il est cependant probable qu'une part importante de cette baisse apparente soit imputable à la diminution du nombre total de chasseurs entre les deux enquêtes. En effet, la proportion de chasseurs ayant prélevé au moins un lièvre n'a diminué que de 14 % et le nombre moyen de lièvres tués par chasseur ayant prélevé l'espèce n'a diminué que de 11 %. Le nombre moyen de lièvres tués par chasseur (tous chasseurs confondus) n'a ainsi diminué que d'environ 23 %. En l'absence d'enregistrement de la pression de chasse réelle exercée sur l'espèce, seules les variations de ce nombre moyen de lièvres prélevés par chasseur peuvent ainsi être interprétées comme un indicateur des variations d'abondance de l'espèce.
Près de 30 % des chasseurs ont prélevé au moins un lièvre au cours de la saison de chasse 1998-1999, avec en moyenne 2,1 lièvres par chasseur ayant prélevé l'espèce, soit, pour l'ensemble des chasseurs, environ 0,6 lièvre par chasseur. Les lièvres sont surtout tués par des chasseurs généralistes ; inversement ceux se spécialisant sur l'espèce sont assez rares puisque, parmi les chasseurs ayant prélevé l'espèce, moins de 5 % ont tué plus de 5 lièvres, alors que plus de 50 % n'en ont tué qu'un seul.

Lorsque l'on considère les nombres de chasseurs concernés par chaque espèce gibier, le lièvre se trouve classé au quatrième rang des espèces ou groupes d'espèces couverts par l'enquête ou au troisième rang (devancé par le pigeon ramier et le lapin) si l'on ne s'en tient qu'aux espèces dont la chasse n'est pas, ou très peu, " artificialisée " par des lâchers.
Pourtant, lorsque l'on considère le nombre d'animaux prélevés, le lièvre se trouve classé au dixième rang sur l'ensemble des espèces ou groupes d'espèces couverts par l'enquête et au dernier rang des espèces de petits gibiers sédentaires.

Près des trois-quarts des lièvres prélevés (73 %) sont tués en septembre ou en octobre.

L'état des populations de lièvres dans les différentes régions françaises apparaît très contrasté. Les régions où sont réalisés les plus forts prélèvements restent pour la plupart les mêmes que lors des enquêtes précédentes, c'est à dire les principales zones de plaines où dominent les céréales d'hiver - en particulier Flandre, Artois, Picardie, Perche, Beauce et Champagne berrichonne. Les régions aux plus faibles prélèvements restent également assez peu changées et correspondent surtout aux zones herbagères et/ou boisées, ou de montagne.
Une constatation nouvelle apparaît cependant, outre l'opposition précédente entre régions à forts ou à faibles prélèvements, on distingue un net contraste entre des zones, majoritaires, où les quantités de lièvres prélevés ont nettement diminué entre les deux dernières enquête et d'autres, moins nombreuses, où les prélèvements de lièvres paraissent au contraire avoir augmenté. Ce contraste est encore plus marqué lorsque l'on considère les nombres moyens de lièvres tués par chasseur. C'est dans les parties les plus orientales du pays - Alsace, Lorraine, Vosges, Jura et Savoie - que la chute des prélèvements est la plus forte (supérieure à 75 %), ainsi que dans une moindre mesure en Bretagne, Bourgogne, et dans le Nord et l'Est du Massif Central (baisse supérieure à 50 %).
À l'opposé, les tableaux de lièvres ont progressé dans onze départements, presque tous situés au sud d'une ligne joignant La Rochelle à Grenoble (hausse supérieure à 25 % dans 5 départements). Tenant compte de la baisse des nombres de chasseurs, les nombres moyens de lièvres tués par chasseur ont augmenté dans vingt-cinq départements, dont dix-neuf situés au sud de la ligne La Rochelle - Grenoble. Les six autres départements en progression sont situés dans le sud du Bassin parisien.

Les différences de tendance observées entre régions paraissent devoir être plutôt attribuées à des variations de facteurs écologiques affectant le fonctionnement démographique des populations - variations climatiques, différences d'histoires épidémiologiques, changements de milieux et de peuplements - qu'aux seuls effets de la gestion des prélèvements cynégétiques. Les régions ayant vu les plus faibles diminutions de leurs tableaux de lièvres, ou leur augmentation, ne correspondent en effet pas souvent à celles où ces efforts de gestion sont les plus importants et les plus anciens.

La comparaison de ces résultats avec ceux d'enquêtes conduites par les Fédérations départementales des chasseurs et utilisant le territoire de chasse comme unité d'échantillonnage montre que ce second mode de collecte de l'information est tout à fait pertinent dans le cas du lièvre.

La France n'échappe pas à la tendance générale observée au cours des dernières décennies dans presque toute l'Europe de l'Ouest : la plupart des populations ont connu de très nettes diminutions d'effectifs. Cependant, l'ampleur de ce retrait, très sensible lorsqu'on l'observe sur une vaste échelle, est en fait très variable lorsqu'on l'examine à une échelle beaucoup plus locale. Le lièvre occupe toujours une place importante dans le paysage cynégétique de presque toutes les régions françaises.

Une analyse plus précise des prélèvements de lièvres s'avère à l'avenir indispensable. Celle-ci devrait être conduite avec un pas de temps annuel et à l'aide d'une maille communale, le cas échéant en ayant recours à un processus d'échantillonnage. L'enregistrement de ces tableaux de chasse doit en outre être accompagné de celui des pressions de chasse correspondantes.

 
   
 
Rédacteur : R. Peroux

 
   
 
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